Littéraire

Amélie Nothomb quitte Albin Michel pour Gallimard : trente-quatre ans de fidélité sur le point de voler en éclats

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C’est un véritable coup de théâtre dans le petit théâtre de l’édition française. Amélie Nothomb, l’une des romancières les plus populaires, prolifiques et singulières de sa génération, s’apprêterait à quitter Albin Michel, sa maison historique depuis 1992, pour rejoindre Gallimard. Une rupture sentimentale autant qu’éditoriale, qui révèle les tensions et les fidélités personnelles d’un univers littéraire bien moins feutré qu’il n’y paraît.

Il y a des couples que l’on imaginait éternels. Amélie Nothomb et Albin Michel appartenaient à cette catégorie rare. Depuis *Hygiène de l’assassin*, publié en 1992, la romancière belge avait construit avec son éditeur une relation presque conjugale, trente-quatre années de fidélité, trente-cinq romans et un rendez-vous annuel avec des lecteurs toujours aussi nombreux. Chaque rentrée littéraire apportait son Nothomb comme le mois de décembre apporte son sapin. On connaissait le rituel, l’étrange chapeau, le sourire énigmatique, les interviews délicieusement extravagantes et ce nouveau livre qui, immanquablement, trouvait son public.

Mais voilà que la plus fidèle des infidèles littéraires pourrait changer de maison.

Selon les informations révélées par "Le Parisien", Amélie Nothomb prépare son départ pour Gallimard, prestigieuse maison de la rue Gaston-Gallimard. L’opération, encore non officialisée, pourrait être annoncée dans les prochaines semaines. Le prochain roman de l’écrivaine, attendu en 2027, inaugurerait alors une nouvelle période de sa carrière.

Derrière ce transfert spectaculaire se cache une histoire profondément humaine. Celle de Florence Godfernaux, figure historique du service de presse d’Albin Michel, amie intime et collaboratrice de longue date de la romancière. Son licenciement au cours de l’été 2026 semble avoir bouleversé un équilibre que l’on croyait indestructible. Selon une enquête publiée par *Le Monde*, ce départ fait suite à un rapport externe relatant des comportements susceptibles de relever du harcèlement moral et sexuel d’ambiance, ainsi que des manquements à la loyauté envers l’entreprise. Des conclusions sérieuses qui ne sauraient être réduites à une simple querelle de maison d’édition.

Amélie Nothomb, de son côté, n’a pas publiquement expliqué sa décision éventuelle. Mais sa proximité avec Florence Godfernaux, connue depuis des décennies, donne à cette affaire une dimension affective évidente. Dans un milieu où les auteurs sont souvent considérés comme des marques et les livres comme des produits, les relations personnelles continuent manifestement de peser lourd.

Et puis il y a Gallimard. Le grand Gallimard. Celui de Camus, de Sartre, de Céline, de Duras, de tant de géants qui hantent encore les couloirs de la maison. Pour Nothomb, entrer dans cet univers serait à la fois une consécration symbolique et une forme de nouveau départ. Non qu’elle ait besoin de reconnaissance : elle possède déjà les lecteurs, les prix, les traductions et cette identité littéraire immédiatement reconnaissable que tant d’écrivains cherchent toute leur vie.

Certains observateurs évoquent même la perspective d’un prix Goncourt, distinction qui lui a jusqu’à présent échappé. Mais rien ne permet d’affirmer qu’une telle perspective ait pesé dans les discussions. La littérature n’est pas un sport de transfert, même lorsque les éditeurs s’en disputent les plus grandes vedettes.

Ce qui frappe surtout dans cette histoire, c’est le contraste entre l’extrême fidélité d’Amélie Nothomb à ses habitudes et la radicalité du changement annoncé. Cette femme qui écrit chaque matin, cultive ses rituels, entretient une correspondance considérable avec ses lecteurs et semble vivre dans une temporalité parallèle à celle de notre époque hyperconnectée pourrait soudain décider que trente-quatre ans, finalement, suffisent.

Son dernier roman chez Albin Michel, "L’Adolescence du perroquet", paru en août 2026, prendrait alors rétrospectivement une signification particulière : celle d’un possible adieu que personne n’avait encore identifié comme tel.

Pour Albin Michel, perdre Nothomb serait bien davantage que perdre une signature commerciale. Ce serait voir disparaître une figure emblématique, une présence presque institutionnelle, une romancière qui disposait même de son propre bureau dans la maison. Une page entière de l’histoire de cet éditeur se tournerait.

Reste une question délicieusement nothombienne : peut-on vraiment divorcer d’une maison dans laquelle on a laissé trente-quatre années de sa vie, de ses romans et de ses obsessions ?

Peut-être qu’Amélie Nothomb nous apportera elle-même la réponse dans son prochain livre. Car les écrivains, lorsqu’ils changent de vie, finissent souvent par en faire de la littérature.

Et si ce départ se confirme, il rappellera une vérité simple : même les plus longues histoires d’amour éditoriales ont parfois besoin d’un dernier chapitre.

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