Des hommes mûrs, donc. Des hommes qui ont vécu, de l’expérience, du recul, qui savent normalement ce qu’ils veulent. Enfin, c’est ce que je pensais…Car après plusieurs semaines de navigation dans cet océan de profils, je dois bien reconnaître que la réalité est parfois assez éloignée des promesses affichées. Il faut d’abord comprendre le concept : les applications de rencontres sont devenues de véritables catalogues de produits. On tourne les pages, on fait défiler les photos, on like, on élimine, on sélectionne. Un peu comme lorsqu’on cherche un canapé, sauf qu’ici, le canapé peut vous demander vos intentions et vous envoyer un message à 23 h 47 !
Et évidemment, nous ne sommes pas seules à faire notre marché. Les hommes aussi parcourent les rayons. Nous discutons avec plusieurs personnes en même temps, ils font exactement pareil. Et pourquoi s’arrêter sur un profil quand le suivant pourrait être encore mieux ? Plus beau, plus drôle, plus séduisant, plus intéressant… Le fameux syndrome du « et si je trouvais mieux ? » Résultat, certains ne s’arrêtent jamais. Ils semblent condamnés à poursuivre leur quête du profil idéal, celui qui n’existe probablement pas. À force d’avoir le choix, on finit par ne plus choisir. Et ces applications deviennent terriblement chronophages. On y passe un temps fou, parfois davantage qu’à rencontrer réellement des gens !
Mais revenons à mes candidats. Première étape, éliminer les petits arrangements avec la réalité. Ceux qui ont discrètement rajeuni de cinq ou dix ans, utilisé une photo datant manifestement d’une autre époque, gagné quelques centimètres au passage ou perdu quelques kilos. L’honnêteté serait-elle devenue une option ? Une fois ce premier tri effectué, reste une population assez éclectique. Il y a ceux qui affichent fièrement « on verra », mais qui semblent surtout chercher une relation sexuelle.
À croire qu’à 60 ans, certains réfléchissent encore comme à 20 ans. Et puis il y a ceux qui, visiblement très conscients de leur pouvoir de séduction, annoncent sans détour rechercher une « sex friend ». Une relation sans engagement, sans complications, mais avec des exigences parfois assez étonnantes. L’assurance ne manque pas, en tout cas ! Et puis, il y a les hommes qui ont pris soin de rédiger un véritable règlement intérieur dans leur profil. Pas de femme hystérique, pas de prise de tête, pas de superficielle, pas de trop maquillée, pas de femme qui ne fait pas de sport… La liste des interdictions est parfois plus longue que leur description personnelle !
On se demande presque s’ils cherchent une compagne ou s’ils recrutent pour un poste avec période d’essai. Messieurs, à force d’expliquer tout ce que vous ne voulez pas, avez-vous pensé à nous dire ce que vous avez, vous, à offrir ? Et surtout, rassurez-vous, nous aussi avons quelques critères !Il y a aussi ceux qui semblent avoir définitivement rompu avec la grammaire et la syntaxe.
Trois phrases échangées et l’on se demande si le correcteur automatique a lui aussi décidé de prendre sa retraite. Ceux qui ne parlent que d’eux-mêmes, racontent leur vie, leurs exploits, leurs envies, sans jamais avoir la curiosité de poser une seule question. La rencontre commence pourtant à deux, me semble-t-il et elle commence très mal. Ceux qui répondent 24 heures plus tard, parfois davantage, mais sans dire grand chose finalement. Entre-temps, le sujet est oublié, la conversation est retombée et l’envie de poursuivre s’est gentiment évaporée. Ceux qui engagent la conversation avec enthousiasme, puis disparaissent sans raison apparente. Ceux qui ne savent pas ce qu’ils cherchent, mais qui prennent tout de même le temps de venir vous chercher. Et les hommes mariés !
Et puis, il y a les rencontres qui donnent envie d’y croire. Celles où la conversation est fluide, où l’on rit, où les échanges s’enchaînent naturellement. On quitte l’application, on passe en privé, on s’appelle, on découvre nos voix. Les affinités se créent, les discussions s’allongent, on découvre des points communs. Une sortie se profile, l’envie est là. On se dit que, cette fois, peut-être… Et puis, plus rien. Silence radio. Plus de son, plus d’image. Pourtant, tout semblait bien se passer. Pas de malaise, pas de faux pas, pas de raison évidente de prendre la fuite. Alors on s’interroge : a-t-il rencontré quelqu’un d’autre ?
A-t-il pris peur ? A-t-il finalement réalisé qu’il ne savait pas vraiment ce qu’il voulait ? Ou avait-il simplement encore quelques rayons à explorer avant de se décider ?
Le fameux ghosting, cette spécialité moderne qui consiste à disparaître plutôt qu’à avoir le courage de dire simplement : « Je ne souhaite pas donner suite. » Alors, attention, tout n’est pas à jeter dans cette grande foire aux profils ! On peut aussi y faire de très belles rencontres amicales. Des échanges sympathiques, des conversations intéressantes, parfois même de jolies complicités. Et c’est déjà très agréable. D’ailleurs, avec une amie qui vit exactement la même expérience, nous partageons nos anecdotes. Et franchement, il y a de quoi rire ! Certains échanges sont tellement improbables qu’ils en deviennent des sketches. Nous rions beaucoup, parfois jusqu’aux larmes. Enfin, aux larmes de rire… même si, de temps en temps, on se demande s’il ne faudrait pas plutôt en pleurer !
Mais au fond, une vraie question se pose : comment fait-on aujourd’hui, à 56 ans, pour rencontrer un homme avec lequel on a envie de partager autre chose qu’une simple aventure sexuelle ? Je ne cherche pas un prince charmant, encore moins un homme parfait. Je cherche du répondant, de la culture, de l’intelligence, de la curiosité, de l’humour. J’aime les conversations qui partent dans tous les sens, les sujets qui se croisent, les idées qui s’échangent, les discussions qui donnent envie de prolonger la soirée. Bref, une vraie connexion intellectuelle autant qu’une attirance physique. Suis-je trop exigeante ? Est-ce devenu déraisonnable de vouloir un homme qui sache converser, s’intéresser à l’autre et avoir envie de découvrir une personne plutôt que de simplement cocher des cases ? Et surtout, les hommes vivent-ils les mêmes désillusions ? Se retrouvent-ils eux aussi face à des femmes qui ne savent pas ce qu’elles veulent, qui collectionnent les matchs, qui disparaissent sans explication ou qui ne cherchent qu’une aventure ? Ces applications sont-elles finalement devenues des outils de rencontres ou de consommation ? À force de multiplier les possibilités, ne sommes-nous pas en train de passer à côté de la rencontre elle-même ?
Alors, messieurs, si vous lisez cet article, je suis curieuse de connaître votre version de l’histoire ! Et vous, mesdames, dites-moi que je ne suis pas la seule à vivre cette expérience ! Parce que franchement, à 56 ans, je ne demande pas la lune. Juste un homme qui ait envie de parler, de rire, de partager, de séduire et d’être séduit. Un homme qui sache qu’une rencontre ne se résume pas à une photo, un like et une disponibilité entre deux rendez-vous.
Au secours, aidez-nous ! L’amour existe-t-il encore en dehors des catalogues ? ????





