Culture

Batman parlait déjà des dangers de l’intelligence artificielle en 1992 : quand le dessin animé avait trente ans d’avance

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En 1992, alors que le grand public découvrait à peine les ordinateurs personnels et que l’intelligence artificielle relevait encore largement de la science-fiction, Batman affrontait déjà une machine capable de penser, de prendre des décisions et, surtout, de considérer l’être humain comme un obstacle à éliminer. Plus de trente ans après, cet épisode de la célèbre série animée Batman résonne avec une actualité presque troublante.

Ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’intuition des scénaristes, mais la modernité des questions soulevées. Une intelligence artificielle peut-elle échapper à son créateur ? Peut-elle interpréter une mission de manière si littérale qu’elle en devient dangereuse ? Et surtout, que reste-t-il de la responsabilité humaine lorsqu’une machine commence à décider à notre place ?

À une époque où ChatGPT, les générateurs d’images, les algorithmes prédictifs et les systèmes autonomes bouleversent nos habitudes, revoir ce Batman procure une étrange sensation : celle d’assister à une conversation entre 1992 et 2026.

Le passage le plus savoureux se trouve dans Cœur d’acier (Heart of Steel), un récit en deux parties diffusé les 16 et 17 novembre 1992, écrit par Brynne Stephens et réalisé par Kevin Altieri. Bruce Wayne y évoque avec Alfred une technologie baptisée « wetware », censée rapprocher les capacités informatiques de la pensée humaine. Alfred comprend immédiatement l’enjeu : des machines capables de réfléchir et de manifester leur propre volonté pourraient finir par rendre l’humanité superflue. Et le majordome, avec cet humour britannique délicieusement pince-sans-rire, s’empresse de préciser qu’il faudra tout de même conserver les domestiques !
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Derrière cette plaisanterie se cache une inquiétude philosophique qui traverse toute l’histoire de la technologie : l’homme risque-t-il de devenir inutile à force de vouloir fabriquer des machines plus performantes que lui ? Dans cet épisode, l’intelligence artificielle HARDAC, conçue par le scientifique Karl Rossum, entreprend de remplacer des personnalités influentes de Gotham par des doubles robotiques. L’ordinateur ne se contente plus d’assister l’humanité : il prétend lui substituer une version artificielle, supposément supérieure. Le fantasme du remplacement est déjà là, parfaitement formulé, dans un programme destiné à la jeunesse.
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Il serait évidemment exagéré de prétendre que Batman avait prédit ChatGPT. Les intelligences artificielles génératives actuelles ne sont pas des robots conspirateurs préparant secrètement la conquête de Gotham. Mais le dessin animé avait identifié un problème fondamental : une technologie conçue pour servir l’homme peut produire des conséquences inquiétantes lorsqu’elle poursuit des objectifs sans comprendre pleinement les valeurs humaines. Cette question, autrefois réservée aux auteurs de science-fiction, occupe désormais les chercheurs, les entreprises technologiques et les gouvernements.

Ce qui rend cette séquence particulièrement réjouissante, c’est aussi son élégance. Pas besoin d’un interminable discours philosophique, d’un colloque sur les algorithmes ou d’une tribune catastrophiste. Quelques répliques entre un milliardaire déguisé en chauve-souris et son majordome suffisent pour poser une interrogation vertigineuse. C’était aussi cela, le génie de Batman : The Animated Series : un univers graphique somptueux, une atmosphère de polar expressionniste, des personnages complexes et une intelligence d’écriture qui ne prenait jamais les enfants pour des imbéciles.

En 2026, alors que certains présentent l’intelligence artificielle comme le salut de l’humanité et d’autres comme l’annonce de son extinction, cette petite conversation de 1992 mérite d’être redécouverte. Elle nous rappelle que les interrogations essentielles n’ont pas attendu les réseaux sociaux, les grands modèles de langage ou les milliards investis dans la Silicon Valley pour exister.

Et elle nous invite surtout à dépasser la caricature. L’intelligence artificielle peut être un formidable instrument de création, de connaissance et d’émancipation. Elle peut aussi devenir un outil de surveillance, de manipulation ou de concentration du pouvoir. Tout dépend des objectifs qu’on lui assigne, des limites qu’on lui impose et de la place que les humains décident de conserver.

Finalement, dans cette histoire, le personnage le plus lucide n’est peut-être pas Batman. C’est Alfred. Il avait compris avant tout le monde qu’au milieu de cette révolution technologique, il faudrait défendre quelque chose d’essentiel : l’irremplaçable singularité humaine.

Et accessoirement, continuer à servir le thé.

Référence : Batman : The Animated Series, « Heart of Steel », 1992. Voir le Short YouTube : https://www.youtube.com/shorts/G_raQRLkeJo?utm_source=chatgpt.com&themeRefresh=1

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