Il fut un temps où Groland était un rendez-vous presque incontournable du samedi soir sur Canal+. Un petit pays imaginaire, peuplé de personnages improbables, de journalistes déjantés, de paysans philosophes, de pervers magnifiques et de citoyens ordinaires extraordinairement absurdes. Derrière cette galerie humaine, une bande de créateurs qui avait compris quelque chose d’essentiel : pour raconter la France, il suffisait parfois de la caricaturer à peine.
En 2007, à l’occasion des quinze ans de l’émission, Groland était présenté comme réunissant près de deux millions de téléspectateurs chaque samedi. Un chiffre remarquable pour un programme satirique aussi particulier, volontiers vulgaire, politiquement incorrect et totalement réfractaire aux conventions de la télévision familiale.
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En 2011, selon les données communiquées par Canal+ au magazine Stratégies, Groland réunissait encore environ 900 000 téléspectateurs le samedi à 20 h 20. La chaîne soulignait alors une progression de 11 % entre septembre et novembre par rapport à l’année précédente. L’émission était loin d’être un programme moribond : elle conservait un public fidèle et une véritable identité dans le paysage audiovisuel.
Stratégies
Le temps passant, les chiffres se sont faits plus modestes. Le 31 mars 2018, l’hommage à Christophe Salengro, président éternel de la Présipauté, réunissait 409 000 téléspectateurs, soit 2 % du public. Ce résultat constituait pourtant la meilleure audience de la saison pour le programme. Quelques jours plus tard, la soirée spéciale des vingt-cinq ans dépassait les 500 000 téléspectateurs.
Quelques repères d’audience
2007 : près de 2 millions annoncés ; 2011 : environ 900 000 ; mars 2018 : 409 000 pour l’hommage à Christophe Salengro.
Ces chiffres racontent une diminution de la visibilité télévisuelle, mais ils doivent être interprétés avec prudence. Les horaires, les formats, les conditions d’accès à Canal+ et les habitudes de consommation ont changé. On ne peut donc pas établir une courbe précise du déclin de Groland à partir de ces seuls résultats.
En décembre 2018, un numéro du Zapoï ne rassemblait plus que 242 000 personnes, soit 1,1 % de part d’audience. En 2021, Le Monde évoquait une moyenne d’environ 250 000 téléspectateurs. Benoît Delépine estimait toutefois la même année que Groland touchait autour de 500 000 personnes en cumulant diffusion télévisée et visionnage en ligne. La différence est importante : une partie du public avait simplement changé sa manière de regarder l’émission.
D’ailleurs, Groland pouvait encore créer l’événement. En avril 2018, sa soirée anniversaire avait attiré plus d’un million de téléspectateurs selon Satellifacts, démontrant que la Présipauté conservait une force d’attraction bien supérieure à celle de ses audiences hebdomadaires ordinaires.
Puis est arrivée la grande transformation de Canal+. La disparition de sa diffusion sur la TNT en juin 2025 a privé Groland de son accès gratuit traditionnel. L’émission hebdomadaire a progressivement laissé place à des rendez-vous exceptionnels et à une présence numérique. Difficile, dans ces conditions, de comparer son audience actuelle avec celle de ses grandes années.
Mais les chiffres ne racontent pas tout. Groland possédait quelque chose que beaucoup de programmes réunissant plusieurs millions de téléspectateurs n’ont jamais réussi à obtenir : une véritable empreinte culturelle. Des expressions, des personnages, des scènes devenues cultes, un univers reconnaissable en quelques secondes. Et surtout une manière de rire de la bêtise humaine sans chercher à séduire tout le monde.
On peut regretter que la télévision française ait progressivement perdu ces espaces de liberté, ces émissions artisanales, insolentes, parfois ratées, parfois géniales, qui ne demandaient pas la permission avant de provoquer. Groland appartenait à cette époque où la singularité pouvait encore constituer un argument de programmation.
Il serait néanmoins trop facile d’attribuer sa disparition à une simple sanction de l’audimat ou à une décision politique. Benoît Delépine a expliqué que les créateurs avaient eux-mêmes choisi de conclure l’aventure. Les départs, les disparitions, la fatigue et les transformations de la chaîne ont pesé sur cette décision.
Le 12 décembre 2026, Groland fera donc ses adieux après trente-quatre ans d’existence. Combien de téléspectateurs seront au rendez-vous ? Nul ne le sait encore. Mais il serait assez savoureux que cette émission qui s’est si souvent moquée des conventions de la télévision signe son départ par un dernier succès populaire.
Car, finalement, la vraie réussite de Groland n’est peut-être pas d’avoir réuni deux millions de téléspectateurs à son apogée. C’est d’avoir réussi à exister aussi longtemps sans jamais devenir une émission comme les autres.
Et cela, aucune courbe Médiamétrie ne pourra vraiment le mesurer.
Banzaï !





