Né le 6 février 1946 à Marseille, Gérard Croce avait traversé plusieurs décennies de cinéma et de télévision avec une étonnante liberté. Acteur, scénariste, producteur, assistant réalisateur, il connaissait le spectacle sous presque toutes ses coutures. Sa carrière raconte aussi une époque où les comédiens passaient sans complexe du cinéma populaire aux productions plus ambitieuses, des comédies légères aux œuvres dramatiques, sans considérer qu’un genre était nécessairement plus noble qu’un autre.
Au début des années 1970, il apparaît notamment aux côtés des Charlots dans Les Fous du stade et Les Charlots font l’Espagne, deux succès populaires qui appartiennent à la mémoire collective d’une génération. Il travaille ensuite régulièrement avec Max Pécas, notamment dans Les Branchés à Saint-Tropez. On pourra toujours discuter de la qualité de ces comédies estivales, de leurs scénarios approximatifs et de leur humour parfois rudimentaire. Mais elles appartiennent à une histoire du cinéma français qu’il serait absurde de mépriser. Elles témoignent d’une époque, de ses goûts, de ses excès, et surtout d’une formidable galerie de comédiens de caractère.
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Ce qui me frappe chez Gérard Croce, c’est justement cette capacité à ne pas se laisser enfermer dans un registre. En 1971, il est l’unique interprète du court métrage Techniquement si simple de René Vautier, cinéaste engagé dont l’œuvre se situe à mille lieues des fantaisies de Saint-Tropez. Et en 1993, Claude Berri lui confie le rôle de Maigrat dans Germinal, adaptation du roman d’Émile Zola. Il y incarne un épicier odieux, profiteur de la misère ouvrière, personnage profondément déplaisant auquel il donne une présence physique et une inquiétante crédibilité. Un véritable rôle de composition qui rappelle qu’un bon acteur n’a pas besoin d’occuper tout l’écran pour imposer sa présence.
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Sa carrière est également inséparable de la télévision française. On le retrouve dans L’Homme sans visage, dans Les Enquêtes du commissaire Maigret, dans plusieurs téléfilms de Jacques Fansten et dans de nombreuses productions qui ont accompagné le quotidien des téléspectateurs. Il a aussi prêté sa voix à l’univers d’Astérix. Autant de participations qui témoignent d’une carrière particulièrement diversifiée, construite davantage sur le travail et la continuité que sur les effets de célébrité.
Mais Gérard Croce n’était pas seulement un visage. Derrière la caméra, il avait développé une importante activité de production, notamment sur les séries Sydney Fox, l’aventurière, Léa Parker ou encore Aventure et Associés. Il avait également participé à l’écriture du scénario des Folies d’Élodie. Cette dimension moins connue de son parcours mérite d’être soulignée : certains professionnels du cinéma contribuent autant à fabriquer les œuvres qu’à les interpréter.
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Je trouve que notre époque accorde beaucoup trop d’importance aux têtes d’affiche et beaucoup trop peu à ceux qui font réellement vivre les films. Le cinéma français ne s’est pas construit uniquement autour de ses grandes vedettes. Il doit énormément à ces seconds rôles, ces silhouettes immédiatement reconnaissables, ces comédiens capables de donner une existence à un personnage en quelques minutes. Ils sont souvent les premiers à disparaître de la mémoire médiatique, alors même qu’ils demeurent profondément inscrits dans celle des spectateurs.
Gérard Croce appartenait à cette catégorie précieuse d’artistes qui ne semblaient pas avoir besoin de se fabriquer une légende. Il travaillait, changeait de registre, passait d’un plateau à l’autre, d’une époque à l’autre. Son parcours, parfois inégal dans ses choix de films, n’en est que plus intéressant. Il rappelle que le cinéma est aussi une aventure artisanale, collective, faite de fidélités, de rencontres et de métiers.
Et puis il y a quelque chose de profondément émouvant à revoir ces acteurs des décennies plus tard. Ils surgissent au détour d’une rediffusion, avec leurs voix, leurs gestes, leurs expressions. Pendant quelques instants, ils nous ramènent à notre enfance, à une salle de cinéma disparue, à un dimanche après-midi devant la télévision. Ils deviennent malgré eux les gardiens d’un temps que nous ne retrouverons plus.
Gérard Croce était l’un de ces visages. Et c’est précisément pour cela qu’il mérite qu’on s’y attarde.





