Je dessine depuis toujours avec une curiosité
qui ne s’est jamais affaiblie. Je connais mes
gestes, mes hachures, les mouvements de
ma main, les formes vers lesquelles je
reviens. Pourtant, lorsque j’ouvre un carnet, je
ressens une impatience joyeuse devant ce qui
va apparaître.
Je sais comment je vais dessiner. Je ne sais
pas ce que je vais découvrir.
Mes dessins appartiennent à un langage que
je reconnais immédiatement. Les gestes
reviennent, mais les formes se transforment,
les couleurs établissent d’autres relations, les
densités s’organisent différemment. Aucun
dessin ne reproduit le précédent. À partir des
mêmes moyens, les possibilités semblent
infinies.
Je ne cherche pas à provoquer cette
différence. Elle apparaît pendant que je
dessine, sans que j’aie besoin de changer ma
manière de travailler.
Chaque dessin m’apprend quelque chose.
Parfois, cette découverte se manifeste dans
une forme inattendue, une organisation
nouvelle, une relation que je n’avais pas
anticipée. D’autres fois, elle est si infime que
je ne saurais pas la nommer. Pourtant, je sais
qu’une possibilité supplémentaire s’est
révélée.
Ce qui se transforme, ce n’est pas l’identité
de mon langage, mais l’étendue de ce qu’il
me permet d’exprimer. Chaque dessin y
ajoute une nuance, une articulation, une
possibilité que je n’avais pas encore
rencontrée. Son vocabulaire s’agrandit sans
que j’aie besoin d’en abandonner les
fondements.
C’est cette découverte qui m’excite et nourrit
mon désir de recommencer.
La répétition ne réduit pas mon expérience à
ce que je connais déjà. Elle me permet d’en
explorer les ressources, sans jamais me
donner le sentiment d’en avoir fait le tour.
Je retrouve chaque fois la certitude du plaisir
et l’incertitude du résultat. L’une me donne
envie de commencer. L’autre entretient ma
curiosité.
Mes gestes sont mon langage, une part de
mon identité. Je les connais depuis
toujours, mais chaque dessin en enrichit le
vocabulaire. Je n’ai jamais fini de découvrir
tout ce que je peux dire avec eux.





