J’ai remarqué que la simplicité de mes
matériaux me permet d’entrer plus
rapidement dans le dessin. Une feuille, un
stylo-bille, quelques feutres. Rien à installer,
rien à préparer. Mes outils sont familiers,
immédiatement accessibles.
Je reste sensible à la texture du papier, à sa
souplesse, au contact du stylo sur la feuille.
Mais ces sensations ne me détournent pas du
dessin. Elles appartiennent à une relation si
familière que mon attention peut se porter
aussitôt sur les formes que je construis.
Je peux dessiner dans un train, dans le métro,
dans un jardin. Mes outils s’adaptent aux lieux
et aux moments de ma vie. Avec une toile,
des pinceaux et de la peinture à l’huile, il
faudrait préparer, installer, disposer. Le trajet
serait parfois terminé avant même que j’aie
commencé.
Cette facilité d’utilisation change ma manière
d’entrer dans le travail. Je n’ai pas à me
préoccuper de la beauté, de la valeur ou de la
sophistication de mes matériaux. Je peux
m’engager directement dans l’élaboration du
dessin.
Les hachures se multiplient, les tracés se
croisent, les couleurs gagnent en densité.
Des gestes élémentaires produisent
progressivement des formes dont les
relations deviennent de plus en plus
complexes. Ce qui m’intéresse, c’est
précisément cet écart entre la simplicité de
ce que j’utilise et la richesse de ce qui
apparaît.
Je ne considère pas qu’une toile donne
davantage de valeur à une oeuvre qu’une
feuille de papier. La complexité de mon travail
ne dépend ni du prestige du support ni de la
sophistication des outils. Elle naît de la
manière dont je dessine, du temps que j’y
consacre et de l’attention qui accompagne
mes gestes.
J’aime la simplicité des matériaux pour
créer des images compliquées à réaliser.
Je reste sensible à mes outils, mais leur
familiarité me permet de ne pas m’arrêter à
eux. Mon attention peut alors se consacrer
à ce qui m’importe : la complexité de ce que
je fais naître.





