Art of Juliette

Ce que le dessin absorbe

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →

« Ce qui m’a traversée ne ressemble pas à mon
dessin. Pourtant, quelque chose de son intensité
y demeure. »

Comment le carnet, prolongement permanent de mon langage graphique, permet-il d’absorber l’intensité et la richesse de mes expériences perceptives dans le rythme, la densité et la saturation des formes et des couleurs, sans représenter ce qui les a provoquées ?

Je ne quitte jamais mon carnet.

Certains artistes cherchent l’inspiration. Je n’ai
jamais eu à la chercher. Ce qui m’entoure me
saisit sans interruption.

Je perçois une multitude de choses à la fois. Les
couleurs, les formes, les lumières, les
mouvements prennent une intensité considérable.
Une nuance peut me bouleverser. Un contraste
peut retenir toute mon attention. Et tandis que j’en
éprouve encore la force, d’autres perceptions
surviennent.

Le monde est magnifique. Sa richesse me
déborde parfois. Je ne choisis ni ce qui m’atteint
ni l’intensité avec laquelle je le reçois.

Mon carnet m’accompagne au milieu de
cette profusion.

Je ne cherche pas reproduire ce qui m’a saisie.
Une couleur, une forme, une lumière peuvent
déclencher mon geste sans jamais apparaître sur
la feuille. Ce qui s’y inscrit appartient à mon
propre langage.

Dessiner m’est aussi naturel que parler. Je n’ai
pas besoin de nommer ce qui me traverse pour lui
donner une place. J’ouvre mon carnet. Je
dessine.

L’intensité de mes perceptions modifie alors ma
manière de travailler. Les courbes changent de
tempo, les hachures se multiplient, les formes se
densifient, les couleurs se saturent ou s’allègent.
Je n’établis aucune correspondance entre une
sensation et un signe. Ce qui m’a saisie agit sur le
dessin sans chercher à se faire reconnaître.

Mon carnet est devenu la forme légère de
mon atelier.

Je peux commencer une page dans un jardin,
poursuivre un dessin dans un café, le reprendre
plusieurs jours après. Les expériences se
succèdent, mais le geste conserve sa continuité.
Un même dessin peut ainsi recevoir des intensités
différentes, éprouvées à des moments éloignés.

Lorsque je retrouve mes carnets des mois plus
tard, je ne sais pas toujours ce qui a déclenché
chaque dessin. Pourtant, certaines pages me
révèlent immédiatement la force de ce qui s’est
passé. Je la reconnais dans la densité des
hachures, l’insistance des courbes, la saturation
des formes et des couleurs.

Je ne retrouve pas l’image de ce que j’ai perçu.
J’en retrouve la trace dans ma manière de
dessiner.

Le carnet prolonge mon regard.

Il m’accompagne parce que mes perceptions
n’attendent pas. Je peux y répondre au moment
où elles me traversent, sans devoir les retenir, les
expliquer ou les reproduire.

Le monde ne cesse de m’atteindre. Mon dessin
ne lui ressemble pas. Il en absorbe l’intensité.

Vous réagissez à cet article

Votre réaction

« Ce que le dessin absorbe »

Votre nom, votre e-mail et votre message concernent uniquement l’article affiché ci-dessus. L’e-mail n’est pas publié.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague
Retrouvez plus souvent Le Mague sur Google

Ajoutez Le Mague à vos sources préférées pour favoriser son apparition dans vos actualités Google.

La suite sur Le Mague

Vous pourriez aussi aimer

D'autres articles à découvrir dans le même univers.

Les plus lus en ce moment