Mais derrière le concert, les comptes ne suivent pas. Le budget final est évalué à 1,1 million d’euros et les prestataires réclament plus de 600 000 euros d’impayés. Odile Perceau, cheffe d’orchestre et directrice artistique du projet, et Françoise Pommereul, présidente de l’association organisatrice, expliquent avoir compté sur le financement d’un mécène présenté par l’ancien avocat Patrice Canonici. Les juges d’instruction ont estimé que certaines garanties de paiement adressées aux créanciers étaient fictives. Ces éléments figurent dans le dossier judiciaire ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une condamnation.
L’affaire ne s’arrête pas à Angkor. En 2014, un autre projet, baptisé « De Cognac à Pékin », promet un événement culturel destiné à mettre en valeur le cognac auprès de personnalités chinoises. Des travaux sont engagés dans une distillerie charentaise, puis le rendez-vous est annulé. Le préjudice financier avancé pour les prestataires concernés dépasse deux millions d’euros. Les magistrats ont également relevé des documents bancaires contestés et l’impossibilité d’établir l’existence de certains investisseurs annoncés. Les prévenus ont contesté les accusations et soutenu qu’ils attendaient réellement les fonds promis.
Comment un projet dont le financement n’était pas assuré a-t-il pu mobiliser des artistes, des entreprises et des partenaires institutionnels ? L’ampleur de la manifestation, son cadre prestigieux, les soutiens affichés et la présence de personnalités ont pu contribuer à installer une impression de sérieux. Mais la présence d’officiels à un événement ne signifie pas qu’ils en garantissent le financement ou qu’ils connaissent les difficultés qui apparaîtront ensuite. C’est précisément l’un des enjeux de cette affaire : comprendre à quel moment les promesses de mécénat se sont transformées en impayés, et qui en porte la responsabilité.
Odile Perceau, Françoise Pommereul et Patrice Canonici sont concernés par différentes poursuites liées aux deux projets, mais pas nécessairement pour les mêmes faits ni les mêmes infractions. Selon le calendrier publié par l’Association de la presse judiciaire, l’audience est annoncée au tribunal correctionnel de Paris les 5 et 6 janvier 2027. Le tribunal devra examiner les responsabilités de chacun ; en attendant son jugement, Odile Perceau et les autres prévenus restent présumés innocents.
Cette histoire rappelle enfin qu’un spectacle réussi en apparence peut masquer une réalité financière fragile. Dans la culture comme ailleurs, le prestige d’un lieu, la présence de personnalités et les promesses d’un mécène ne remplacent ni des engagements vérifiables ni un financement effectivement disponible. Les prestataires, eux, peuvent se retrouver seuls face aux factures lorsque le projet s’effondre.





