Steevy Gustave est député de l’Essonne. Il est noir, il vient de la banlieue, il porte des dreadlocks et il représente la République. Et alors ? Justement, rien. Cela devrait être d’une banalité absolue. Mais dans une France où certains semblent encore vouloir distribuer des brevets de francité selon la couleur de peau, le prénom ou l’origine familiale, cette image prend une dimension presque politique à elle seule.
Après ses prises de position à l’Assemblée nationale, le député raconte avoir reçu une avalanche de messages racistes et de menaces. Il aurait pu répondre par la colère, l’indignation ou l’invective. Il a choisi une autre arme : son sourire. Et quelle réponse !
« Je suis noir, banlieusard et député. Je suis la France. Et le bleu, blanc, rouge me va tellement bien. »
Tout est dit. En quelques mots, Steevy Gustave rappelle une vérité que certains semblent avoir oubliée : la France n’appartient à personne en particulier. Elle n’est ni une couleur, ni une religion, ni un patronyme, ni une généalogie. Elle est une histoire commune, parfois douloureuse, souvent contradictoire, mais infiniment plus riche que les caricatures identitaires auxquelles certains voudraient la réduire.
Ce qui me plaît chez cet homme, au-delà de ses engagements politiques, c’est cette manière de ne pas laisser ses adversaires lui voler sa joie. Il y a quelque chose de particulièrement élégant dans cette attitude. Ne pas s’excuser d’exister. Ne pas se justifier sans cesse. Ne pas entrer dans le jeu de ceux qui voudraient vous humilier. Simplement se tenir droit, sourire et rappeler que l’on est chez soi.
Et puis il y a cette photographie. Ce costume impeccable, cette allure singulière, cette coiffure qui bouscule gentiment les codes de la représentation politique traditionnelle. Une France qui n’a pas besoin de ressembler aux portraits officiels d’hier pour être pleinement française aujourd’hui.
Steevy Gustave écrit encore : « Ma France s’appelle Jean, Mamadou, Victoire, Mohamed, Fatoumata, Simone, Linh, David et Rachida. » Cette énumération a quelque chose de touchant. Elle dessine une République à hauteur d’homme, celle des voisins, des amis, des collègues, des inconnus croisés dans le métro. Une France vivante, mélangée, imparfaite, mais tellement plus intéressante que celle des fantasmes de pureté.
On peut naturellement ne pas partager toutes les convictions de Steevy Gustave. On peut discuter ses votes, ses prises de position, ses choix politiques. C’est même le principe de la démocratie. Mais le racisme n’est pas une opinion politique parmi d’autres. Et les menaces ne sont jamais des arguments.
Il faut aussi saluer ce refus de se laisser enfermer dans le rôle de la victime. Steevy Gustave ne demande pas qu’on le plaigne. Il ne réclame pas une médaille pour son parcours. Il revendique simplement sa place, avec une forme de panache tranquille. Et cela fait du bien.
À une époque où tant de responsables politiques cultivent la grimace, la crispation, le ressentiment et la peur, voir un élu répondre à la haine par un sourire possède quelque chose de presque révolutionnaire.
Ce sourire n’efface évidemment ni le racisme ni la violence. Il ne dispense pas de les combattre. Mais il refuse de leur abandonner le dernier mot.
Au Mague, nous aimons les personnalités singulières, celles qui échappent aux moules, aux uniformes invisibles et aux identités préfabriquées. Steevy Gustave appartient manifestement à cette catégorie d’hommes qui rappellent que la différence n’est pas une anomalie à tolérer, mais une richesse à regarder en face.
Alors oui, monsieur Gustave, le bleu, blanc, rouge vous va très bien. Et votre sourire aussi.
Dans une France qui fait parfois la gueule à sa propre diversité, votre sourire est une sacrément belle réponse.





