Paru ce vendredi 6 novembre aux éditions La Dispute, "L’Avenir en commun, le programme de la Nouvelle France" n’est pas un livre de confidences, encore moins une autobiographie. C’est un programme politique condensé en 160 pages. La cinquième édition d’un projet déjà défendu lors des précédentes campagnes présidentielles, considérablement actualisé pour l’occasion. La France insoumise annonce 1 069 mesures, dont 238 nouvelles et 118 remaniées. Un travail collectif coordonné notamment par les députés Clémence Guetté et Hadrien Clouet, enrichi, selon le mouvement, de quelque 24 000 contributions citoyennes.
La première particularité de cet ouvrage est donc de ne pas être tout à fait un livre de Mélenchon, au sens littéraire du terme. Son nom figure sur la couverture, mais son contenu appartient à une construction militante et programmatique collective. On n’y cherche pas la plume du tribun, ses colères, ses formules ou ses digressions historiques. On y trouve une feuille de route. Le lecteur amateur de littérature politique risque de rester sur sa faim ; celui qui veut identifier des propositions concrètes dispose d’un document autrement plus précis qu’un discours de meeting.
Le programme s’organise autour de six grandes transformations : écologique, économique, sociale, scientifique, démocratique et diplomatique. L’écologie passe désormais au premier plan, devant la réforme des institutions. Une évolution notable dans la hiérarchie des priorités insoumises. On retrouve naturellement les engagements historiques du mouvement : retraite à 60 ans après quarante annuités, SMIC à 1 700 euros net, VIe République, planification écologique, développement des services publics, transformation de la fiscalité et redistribution des richesses.
Mais quelques inflexions méritent une attention particulière. La sortie vers une production électrique entièrement renouvelable est désormais envisagée à l’horizon 2060, contre 2050 auparavant. Sur les retraites, l’abrogation de la réforme portant l’âge légal à 64 ans constituerait une première étape, distincte de l’objectif final des 60 ans. Autrement dit, le programme n’est pas une simple réimpression de celui de 2022. Il comporte des ajustements qui révèlent les difficultés de transformer des ambitions politiques en calendrier gouvernemental.
C’est précisément là que commence la discussion critique. Empiler plus de mille mesures démontre une volonté de couvrir presque tous les domaines de l’action publique. Cela ne suffit pas à expliquer comment les appliquer simultanément, selon quelles priorités et avec quels arbitrages. Augmenter les salaires, financer les services publics, modifier le système énergétique et transformer la fiscalité constituent un ensemble politique cohérent dans son intention. Mais la cohérence des objectifs n’est pas encore la démonstration de leur faisabilité. Le document budgétaire rendu public par LFI pour 2027 précise lui-même qu’il ne constitue pas un chiffrage complet du programme pluriannuel.
La notion de « Nouvelle France », omniprésente, est également intéressante. Mélenchon entend y rassembler les différentes générations et composantes de la société française autour d’un projet commun. L’expression est politiquement forte, mais elle porte une interrogation : comment transformer une formule de rassemblement en contrat social effectivement partagé, notamment avec ceux qui ne se reconnaissent pas dans La France insoumise ? C’est l’une des questions que la campagne devra éclaircir.
Il faut aussi parler du prix. À 4,90 euros, le livre échappe aux habitudes commerciales de l’édition politique traditionnelle. Il est accessible aux étudiants, aux jeunes lecteurs et à tous ceux qui n’ont pas envie de dépenser une fortune pour découvrir un programme électoral. Il faut y voir à la fois un choix de diffusion des idées et un instrument de mobilisation. La politique entre dans les librairies comme elle occupe les réseaux sociaux, les marchés et les manifestations. Le livre devient un objet de campagne, presque un tract de luxe, avec un ISBN.
Le tirage initial annoncé de 130 000 exemplaires, après 10 000 précommandes selon *Le Monde*, confirme cette dimension stratégique. L’ambition commerciale ne peut se comprendre indépendamment de l’ambition politique. Il ne s’agit pas simplement de convaincre des lecteurs, mais de faire circuler un programme et de lui donner une existence matérielle avant l’élection présidentielle.
Reste le principal paradoxe de cette publication : elle emprunte la forme du livre sans avoir réellement les ambitions d’un essai. Pas de grande aventure intellectuelle personnelle, pas de récit politique inédit, mais une accumulation organisée d’engagements et de propositions. Son intérêt est documentaire davantage que littéraire. On peut regretter cette absence de profondeur narrative, tout en reconnaissant qu’un programme électoral n’a pas vocation à se substituer à un roman, ni même à un ouvrage de philosophie politique.
Finalement, que trouve-t-on pour 4,90 euros ? Une photographie précise de ce que Mélenchon et son mouvement proposent pour 2027, des orientations anciennes, quelques changements significatifs et de nombreuses questions sur les moyens de passer du papier à la réalité. Ce n’est ni un livre de révélations ni une démonstration économique définitive. C’est un document politique à confronter aux faits, aux chiffres et aux contradictions éventuelles.
À ce prix-là, le véritable enjeu n’est peut-être pas de savoir si l’on achète un bon livre, mais si l’on prend le temps d’en discuter les idées. Car une démocratie gagne toujours à ce que les programmes soient examinés plutôt que les seules personnalités qui les incarnent.





