Car enfin, qui peut sérieusement croire qu’Emmanuel Macron, président depuis bientôt dix ans, ignore ce que signifie échanger régulièrement avec une journaliste politique ? L’absence d’autorisation de publication ne signifie évidemment pas qu’il aurait secrètement validé l’ouvrage. Mais la frontière entre confidence, communication et mise en scène est suffisamment poreuse pour nourrir le soupçon. Une forme de cooptation tacite du discours présidentiel, sinon du livre lui-même. Le prétendu « off » devient un produit éditorial, et chacun semble finalement y trouver son compte.
Reste le contenu. Et c’est là que la déception devient presque comique.
Gabriel Attal ? Macron estime qu’on lui a beaucoup trop donné, tout le temps. Une remarque peu affectueuse envers son ancien Premier ministre, mais qui ne surprendra personne connaissant les rivalités de la majorité présidentielle. Alain Minc, son ancien soutien devenu critique, est également égratigné. Quant aux anciens admirateurs qui se sont retournés contre lui, ils reçoivent quelques amabilités dont le chef de l’État a le secret.
À gauche, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise sont jugés excessifs, leur stratégie qualifiée de « dingo ». Rien de très nouveau. Olivier Faure, en revanche, trouve grâce à ses yeux, tandis que d’autres prétendants socialistes sont traités de « nazes ». À droite, Macron observe que nombre de responsables courent vers le Rassemblement national avec un empressement opportuniste. Quant aux dirigeants du RN, il les considère comme dangereux et déraisonnables. Là encore, quelle découverte extraordinaire !
Quelques petites méchancetés, des appréciations peu charitables, des rivalités personnelles et des jugements politiques que l’on retrouve déjà, sous une forme à peine plus diplomatique, dans ses déclarations publiques. Voilà donc l’essentiel de ce qui nous est vendu comme une plongée sans précédent dans le cerveau présidentiel.
Le problème n’est pas que ces messages soient faux ou inintéressants dans l’absolu. C’est qu’ils n’apportent pratiquement rien à notre connaissance du personnage. On ne découvre ni mécanique secrète du pouvoir, ni contradiction fondamentale, ni vérité politique bouleversante. On retrouve simplement le Macron que l’on connaît : sûr de lui, volontiers cassant, convaincu de sa propre lucidité et persuadé que ses adversaires, comme certains de ses anciens alliés, comprennent moins bien que lui les enjeux de l’époque.
Il y avait pourtant matière à écrire un véritable livre sur la solitude présidentielle, les fidélités qui s’effritent, la fin d’un règne et les rapports parfois ambigus entre journalistes et responsables politiques. Mais publier une correspondance ne suffit pas à produire une œuvre d’investigation. Une collection de SMS, même présidentiels, ne fait pas nécessairement une pensée.
C’est finalement toute la faiblesse de cet ouvrage : il confond l’accès privilégié à un homme puissant avec l’accès à une vérité nouvelle. Il prend l’indiscrétion pour une révélation et transforme une poignée de banalités politiques en événement éditorial.
Beaucoup de bruit pour rien, une tempête dans un verre d’eau, et surtout 283 pages pour découvrir qu’Emmanuel Macron pense parfois du mal de ses amis et encore davantage de ses ennemis.
On s’en doutait déjà.
Très décevant. Passons notre chemin.





