Culture

Festival des Solidarités de la jeunesse 2026 : à La Rochelle, 350 jeunes veulent faire tourner le monde autrement

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Du 23 au 25 octobre 2026, le Secours populaire français réunira à La Rochelle 350 jeunes venus de France et de l’étranger pour trois jours de rencontres, de débats et d’initiatives solidaires. À l’heure où la précarité étudiante s’installe et où une partie du discours public présente la jeunesse comme un problème, cet événement rappelle une évidence trop souvent oubliée : les jeunes ne sont pas seulement l’avenir de la solidarité. Ils en sont déjà les acteurs.

Il est devenu presque banal d’entendre que la jeunesse serait désengagée, individualiste, prisonnière des écrans, indifférente au monde qui l’entoure. À force de répéter ces clichés, certains finiraient presque par oublier que des milliers de jeunes consacrent une partie de leur temps à aider les autres, à défendre des causes et à inventer de nouvelles formes d’engagement collectif.
Le Secours populaire français entend précisément leur donner la parole à l’occasion du Festival des Solidarités de la jeunesse, organisé du 23 au 25 octobre 2026 à l’Espace Encan, à La Rochelle. Sous une formule qui sonne comme un manifeste, « Pour que le monde tourne autrement, les jeunes font grandir la solidarité », 350 participants vont se retrouver pour réfléchir, confronter leurs expériences et surtout imaginer des actions concrètes.

Parmi eux, 300 jeunes bénévoles issus de 55 fédérations du Secours populaire, ainsi que 50 jeunes invités par des partenaires ultramarins et internationaux. Au total, 23 associations partenaires seront représentées, avec des délégations venues notamment d’Europe, d’Afrique, du Moyen-Orient et des Amériques.

Ce rassemblement n’est pas une initiative improvisée. Depuis 1972, le Secours populaire organise tous les deux ans des rencontres destinées à favoriser l’engagement des jeunes. Une tradition qui prend aujourd’hui une résonance particulière.

Car derrière les discours généreux sur l’avenir des nouvelles générations se cache une réalité beaucoup moins réjouissante : celle d’une jeunesse dont une partie peine simplement à vivre dignement.

Le Secours populaire dispose désormais de 73 antennes étudiantes sur le territoire français, avec d’autres structures en préparation. Ces lieux proposent notamment une aide alimentaire, une écoute, de la médiation et un accompagnement aux étudiants confrontés à des difficultés financières ou sociales.
La situation est parfois suffisamment préoccupante pour remettre en question la poursuite des études.

Ikram Messadi, 23 ans, doctorante en data science à Villeneuve-d’Ascq, raconte ainsi avoir traversé une période durant laquelle ses bourses ne suffisaient plus à couvrir ses besoins. Elle avait envisagé d’abandonner son parcours universitaire. Une rencontre rendue possible par le Secours populaire lui a permis de retrouver confiance. Aujourd’hui bénévole, elle souhaite à son tour accompagner ceux qui rencontrent les mêmes difficultés.
Son témoignage résume une dimension essentielle de la solidarité : celui qui reçoit de l’aide aujourd’hui peut devenir celui qui aide demain.
C’est précisément cette réciprocité que le Festival souhaite encourager.

Pendant trois jours, les participants travailleront sur des questions très concrètes : comment encourager les jeunes à prendre des initiatives ? Comment renouveler les collectes de dons ? Comment faire entrer davantage la solidarité dans les universités, les lycées ou les festivals ? Comment valoriser les compétences acquises dans le bénévolat pour faciliter l’accès à l’emploi ?
Des ateliers aborderont également l’écologie, l’inclusion, la paix et le développement durable.
Mais le Festival ne veut pas se limiter aux discussions. Le samedi 24 octobre, une déambulation accompagnée d’une collecte solidaire est prévue dans les rues du centre-ville de La Rochelle.
L’une des originalités de cette édition réside dans la présentation de nouveaux outils destinés à renouveler l’engagement.

Le projet EsperHope, conçu avec des jeunes français et américains, entend utiliser le jeu vidéo comme passerelle vers des actions de solidarité dans le monde réel. À travers des expériences ludiques, les participants pourront développer leur confiance, apprendre à coopérer et découvrir leurs capacités avant de participer à des missions concrètes dans leur environnement.
Une manière intelligente de ne pas opposer systématiquement les nouvelles technologies à l’engagement citoyen. Les écrans, souvent accusés d’isoler la jeunesse, pourraient aussi devenir des instruments de mobilisation.

Autre initiative, le projet « Parade », développé avec le soutien de l’Atelier Delta, des illustrateurs Mr. & Mr. et de personnalités proches du Secours populaire. Son principe est original : utiliser un jeu de cartes inspiré des Sept familles pour permettre aux bénévoles de concevoir collectivement des défilés solidaires.

Musiciens, graphistes, danseurs, comédiens et artistes pourront contribuer à ces événements destinés à investir l’espace public et à récolter des fonds.
La solidarité prend alors une dimension festive et créative. Elle ne consiste plus uniquement à répondre à l’urgence, mais aussi à fabriquer du lien social, à occuper les rues et à rappeler que la générosité peut être joyeuse.

D’ailleurs, les jeunes bénévoles n’ont pas attendu ce rassemblement pour agir.
Dans le Bas-Rhin, des jeunes du mouvement Copain du Monde ont collecté plus de 1 300 fournitures scolaires au cours du mois de juillet, permettant l’organisation d’une distribution en libre-service accueillant près de 1 000 enfants en août.

En Meurthe-et-Moselle, d’autres ont imaginé des défilés, des animations et des collectes pour renouveler les traditionnelles opérations des Pères Noël Verts.
Dans l’Indre, des étudiants et des jeunes bénévoles ont participé à des projets artistiques, notamment une fresque collective et un défilé de vêtements de seconde main.
Autant d’initiatives modestes à l’échelle du monde, mais considérables pour ceux qui en bénéficient.

Il faut d’ailleurs rappeler l’ampleur de l’action menée par le Secours populaire français. Selon les chiffres présentés dans son dossier de presse, l’association, fondée en 1945, a aidé 3,8 millions de personnes en France et dans les territoires ultramarins en 2025. Elle s’appuie sur 98 fédérations, 656 comités locaux et quelque 100 000 bénévoles animateurs-collecteurs.

Des chiffres impressionnants qui rappellent aussi, malheureusement, l’importance des besoins sociaux auxquels notre société ne parvient toujours pas à répondre.
Ce Festival pose finalement une question politique, au sens le plus noble du terme : quelle place une société accorde-t-elle réellement à sa jeunesse ?

Il est facile de célébrer les jeunes lorsqu’ils réussissent, lorsqu’ils créent des entreprises ou lorsqu’ils remportent des médailles. Il est plus difficile de leur faire confiance lorsqu’ils contestent, lorsqu’ils proposent d’autres modèles ou lorsqu’ils refusent de considérer les inégalités comme une fatalité.

Pourtant, l’engagement associatif constitue souvent une véritable école de la responsabilité. On y apprend à organiser, à écouter, à décider, à travailler avec des personnes différentes et à mesurer les conséquences concrètes de ses actes.
C’est aussi une formidable école de démocratie.
À La Rochelle, les jeunes ne seront donc pas simplement invités à écouter les adultes leur expliquer comment améliorer la société. Ils seront encouragés à concevoir leurs propres solutions et à prendre des responsabilités.

Le Festival doit d’ailleurs déboucher sur une mobilisation prévue le 5 décembre 2026, à l’occasion de la Journée internationale des bénévoles et des volontaires. Une collecte solidaire sera lancée en France et à l’international afin de prolonger les projets imaginés pendant ces trois journées.
Car l’enjeu est bien là : faire en sorte que l’enthousiasme d’un rassemblement ne disparaisse pas une fois les participants rentrés chez eux.

Dans une époque saturée de discours sur le déclin, la peur de l’avenir et les conflits entre générations, cette initiative constitue une réponse salutaire.
La jeunesse n’est pas une catégorie sociale qu’il faudrait constamment surveiller, sermonner ou corriger. Elle est une énergie qu’il faut savoir écouter, accompagner et parfois laisser nous surprendre.

Il serait d’ailleurs temps de cesser de demander aux jeunes de réparer seuls un monde dont ils n’ont pas décidé les règles.

Leur engagement mérite mieux que des applaudissements de circonstance. Il mérite des moyens, de la confiance et une place réelle dans les décisions collectives.
À La Rochelle, du 23 au 25 octobre, 350 jeunes ne prétendront probablement pas changer le monde en trois jours. Mais ils rappelleront qu’il ne changera certainement pas si personne ne commence.

Et dans une société où tant de gens passent leur temps à expliquer pourquoi rien n’est possible, voir des jeunes se réunir pour essayer mérite déjà qu’on leur prête attention.

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