Cette vente événement, organisée en collaboration avec le Bert Stern Trust, réunira environ 150 lots. Pour la première fois, le fonds chargé de préserver l’œuvre du photographe accepte de se séparer de tirages provenant directement de sa collection personnelle. Une occasion rare de découvrir non seulement des images mythiques, mais également les traces matérielles du travail d’un artiste qui contribua à transformer radicalement l’esthétique du portrait de célébrité.
Tout commence en juin 1962, dans le cadre luxueux de l’Hôtel Bel-Air, à Los Angeles. Bert Stern, alors au sommet de sa carrière, retrouve Marilyn Monroe pour une commande du magazine Vogue. Trois séances sont organisées dans des suites transformées en studios improvisés. Plus de 2 500 photographies en résultent. Marilyn pose en robe noire Dior, enveloppée de voiles transparents, jouant avec des foulards, des bijoux et surtout avec le regard de celui qui la photographie.
Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est cette extraordinaire liberté. Marilyn n’est plus seulement la star fabriquée par Hollywood. Elle apparaît tour à tour provocante, enfantine, rieuse, mystérieuse, parfois presque désarmée. L’objectif de Stern semble abolir la distance entre l’icône et la femme. Il ne photographie pas uniquement un mythe : il saisit une présence.
Quelques semaines plus tard, le 5 août 1962, Marilyn Monroe meurt à 36 ans. Les photographies prennent alors une dimension tragique que personne n’avait anticipée. Vogue décide de maintenir leur publication, transformant involontairement cette commande de mode en hommage posthume. La série sera définitivement consacrée sous le titre *The Last Sitting*, « La dernière séance ».
Soixante-quatre ans plus tard, ces images continuent de troubler. Peut-être parce qu’elles donnent l’impression de contempler une femme qui ignore encore qu’elle appartient déjà à l’éternité.
La vente parisienne présentera notamment *Black Dior Dress*, portrait de Marilyn dans une robe noire au dos largement découvert, estimé entre 2 000 et 4 000 euros. Le célèbre *Striped Scarf*, où l’actrice joue avec un foulard rayé, est annoncé entre 8 000 et 10 000 euros. Un tirage chromogène unique de *Junk Jewelry*, réalisé personnellement par Bert Stern en 1982 et portant ses annotations manuscrites, est estimé entre 6 000 et 8 000 euros. Autre pièce spectaculaire, *Crucifix III*, une photographie monumentale de 142 centimètres de côté, tirée à seulement huit exemplaires.
Ces annotations, ces épreuves d’atelier et ces tirages réalisés par le photographe lui-même constituent précisément l’un des grands intérêts artistiques de cette dispersion. Ils permettent d’approcher la photographie dans sa dimension physique et artisanale, à une époque où les images circulent essentiellement sous forme numérique. Il faut toutefois distinguer les rares tirages réalisés par Stern des éditions plus tardives ou posthumes, dont la valeur et le statut photographique ne sont pas identiques.
Mais Bert Stern ne fut pas uniquement le photographe de Marilyn Monroe. Né à Brooklyn en 1929 et disparu en 2013, il fut l’un des grands inventeurs de l’image publicitaire moderne américaine, avant de devenir un portraitiste recherché par les magazines, les maisons de couture et les stars internationales.
La collection présentée à Paris ressemble ainsi à un vertigineux album de famille du cinéma et de la culture populaire du XXe siècle. Audrey Hepburn, Brigitte Bardot, Sophia Loren, Catherine Deneuve, Romy Schneider et Alain Delon, Jeanne Moreau, Elizabeth Taylor et Richard Burton, Marcello Mastroianni, Marlon Brando, Louis Armstrong, Jane Birkin et Serge Gainsbourg y côtoient Madonna et Kate Moss.
Parmi les œuvres remarquables figure un portrait de Sophia Loren réalisé pour Vogue en 1961, dont le tirage effectué par Stern en 1968 est estimé entre 7 000 et 9 000 euros. Un portrait de Brigitte Bardot datant de 1961, cigarette aux lèvres, est annoncé entre 4 000 et 6 000 euros. On pourra également découvrir des images d’Elizabeth Taylor et Richard Burton prises à Rome pendant l’époque tumultueuse du tournage de *Cléopâtre*.
Bert Stern possédait un talent singulier : rendre les célébrités accessibles sans jamais diminuer leur mystère. Ses photographies sont souvent d’une simplicité désarmante. Un visage, une lumière, un geste, parfois presque rien. Mais ce presque rien suffit à fabriquer une image capable de survivre à son époque.
La vente intervient dans une année particulièrement symbolique : Marilyn Monroe aurait eu 100 ans le 1er juin 2026. Un siècle après sa naissance, elle demeure l’un des visages les plus photographiés, reproduits et admirés de l’histoire contemporaine.
Il y a pourtant quelque chose d’émouvant, voire de paradoxal, à voir ces photographies intimes devenir des objets de collection soumis aux enchères. Des images nées d’un instant de complicité entre une actrice et un photographe se retrouvent, des décennies plus tard, exposées, expertisées, estimées et convoitées. C’est aussi le destin des œuvres d’art : quitter l’intimité de leur création pour rejoindre l’histoire collective.
Car derrière l’événement commercial se cache une histoire profondément humaine. Celle d’un photographe amoureux de la beauté, d’une actrice qui cherchait peut-être simplement à se réinventer, et d’une séance devenue immortelle parce que le destin lui a donné une signification imprévisible.
Marilyn Monroe a disparu. Bert Stern aussi. Mais leur rencontre photographique, elle, n’a jamais véritablement pris fin.
La vente « Collection Bert Stern » aura lieu le mercredi 2 décembre 2026 à 16 heures chez Gros & Delettrez, 2 rue de Bérite, Paris 6e. Une exposition publique gratuite permettra de découvrir les œuvres du 28 novembre au 1er décembre. Le catalogue sera consultable sur www.gros-delettrez.com.





