Plagiat littéraire : Hemley Boum et les éditions Gallimard visés par une plainte annoncée par l’auteur Astrid-Aimé
Le monde littéraire français pourrait être confronté à une nouvelle controverse autour de la propriété intellectuelle. Dans une publication diffusée sur Facebook et accompagnée d’un communiqué de presse, Astrid-Aimé, auteur de Repères, annonce avoir engagé une procédure judiciaire contre Hemley Boum et son éditeur, Gallimard, pour des faits qu’il qualifie de contrefaçon et d’atteinte à son patrimoine.
Au cœur de cette affaire figure Le rêve du pêcheur, roman de Hemley Boum paru en 2024, une œuvre remarquée par la critique et récompensée par plusieurs distinctions littéraires. Un livre qui explore les questions de transmission, d’exil, de mémoire familiale et d’identité, à travers des trajectoires humaines reliant notamment l’Afrique et l’Europe.
Selon Astrid-Aimé, certains éléments de ce roman auraient pour origine des textes dont il revendique la paternité. L’auteur affirme les avoir personnellement transmis à Hemley Boum avant la publication de l’ouvrage. C’est précisément cette transmission préalable qui constitue l’un des points centraux de son accusation.
Dans son communiqué, il déclare : « J’avais transmis mes textes à Hemley Boum, que j’accuse de m’avoir plagié. »
L’accusation est sérieuse. Elle vise non seulement une écrivaine reconnue, mais également Gallimard, l’une des maisons d’édition les plus prestigieuses du paysage littéraire français. Pour autant, l’existence d’une plainte, si elle est confirmée, ne constitue évidemment pas une preuve de plagiat, et aucune responsabilité ne saurait être établie sur la seule base des déclarations du plaignant.
Astrid-Aimé affirme avoir recueilli des éléments précis et vérifiables. Il évoque notamment des échanges avec des experts qui auraient considéré sa situation comme un véritable « cas d’école ». L’identité de ces experts, la nature exacte de leurs analyses et les documents sur lesquels ils se seraient appuyés ne sont cependant pas précisés dans les publications communiquées.
Plus étonnant encore, le communiqué évoque des éléments numériques qui, selon son auteur, laisseraient apparaître une forme de réécriture automatisée à partir de ses propres textes. Cette allusion à une possible intervention technologique, voire à des procédés d’écriture assistée, ouvre une dimension supplémentaire à l’affaire. Mais il faut être particulièrement prudent : rien, dans les documents actuellement disponibles, ne permet d’établir qu’un outil d’intelligence artificielle aurait été utilisé dans la rédaction du roman de Hemley Boum.
Astrid-Aimé promet de rendre publiques ses preuves dans les prochains jours. Une vidéo diffusée sur Instagram, Facebook et TikTok devrait, selon lui, présenter les documents et les rapprochements textuels sur lesquels repose son accusation. Il annonce également que les éléments pourront être consultés en ligne afin que chacun puisse se faire une opinion.
Cette initiative pose une question intéressante : jusqu’où peut-on rendre publique une accusation littéraire avant que la justice ait examiné les faits ? Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui à un auteur de médiatiser rapidement un différend avec une grande maison d’édition. Mais ils peuvent aussi transformer un conflit encore non instruit publiquement en procès d’opinion.
En matière de droit d’auteur, le plagiat ne se résume pas à la présence de thèmes communs, de personnages comparables ou de situations narratives similaires. Ce sont notamment l’originalité des éléments revendiqués, leur éventuelle reprise et les circonstances de leur utilisation qui doivent être examinées. La frontière entre inspiration, influence littéraire et contrefaçon peut parfois se révéler délicate à tracer.
L’affaire soulève également la question du rôle de l’éditeur. Une maison comme Gallimard publie des centaines d’œuvres et ne peut matériellement garantir l’absence de toute ressemblance avec des textes préexistants. Sa responsabilité éventuelle dépendrait des faits établis, des demandes formulées et du cadre juridique applicable.
Pour le moment, les documents transmis au Mague permettent de constater qu’Astrid-Aimé a publiquement annoncé une plainte et formulé des accusations précises. Ils ne permettent pas de vérifier le dépôt effectif de cette plainte, d’examiner les pièces qu’il affirme détenir ni de connaître la position de Hemley Boum et des éditions Gallimard.
Le roman, publié le 11 janvier 2024, a notamment obtenu le prix littéraire des Sciences Po et le prix Louis-Guilloux en 2024, puis le prix des Cinq Continents de la Francophonie en 2025.
Ces distinctions donnent à la controverse une résonance particulière, puisqu’elle concerne une œuvre largement saluée dans l’espace littéraire francophone.
Un premier article consacré à cette accusation a également été publié par le média Sénégal Njaay, qui reprend les déclarations d’Astrid-Aimé. Il ne présente cependant pas de comparaison indépendante des manuscrits permettant de conclure à une contrefaçon.
senegal-njaay.com
Reste désormais à savoir ce que contiennent réellement les documents annoncés. Des passages identiques ? Des constructions narratives reprises ? Des correspondances datées établissant la circulation des manuscrits ? Ou des ressemblances qui relèveraient davantage de l’inspiration que d’une appropriation illégitime ? La réponse à ces questions sera déterminante.
Une chose est certaine : dans un monde littéraire déjà bouleversé par l’intelligence artificielle, la question de l’originalité des œuvres et de la traçabilité de leur création devient de plus en plus sensible. Mais cette affaire rappelle aussi un principe fondamental : une accusation, même publiquement formulée et accompagnée de la promesse de preuves, ne saurait tenir lieu de jugement.
Le Mague suivra cette affaire avec attention, dans l’attente des éléments annoncés par Astrid-Aimé et d’éventuelles réponses de Hemley Boum et des éditions Gallimard.





