Éric Zemmour est né à Montreuil, dans une famille juive originaire d’Algérie. Jordan Bardella a des racines italiennes et algériennes. Jean Messiha est né au Caire, en Égypte, avant de devenir français. Malika Sorel est née à Marseille de parents algériens. Sarah Knafo possède des origines familiales juives nord-africaines. Hanane Mansouri, députée apparentée à l’UDR, est issue d’une famille d’origine marocaine.
Autrement dit, une partie de ceux qui prétendent incarner la défense d’une France éternelle porte dans son histoire familiale les traces de cette immigration et de ces brassages qu’ils présentent parfois comme une menace.
Le problème n’est évidemment pas leurs origines. Elles ne constituent ni une faute, ni une contradiction politique en elles-mêmes. On peut parfaitement être français, descendant d’immigrés, et défendre une politique migratoire restrictive. On peut aimer profondément la France tout en ayant des parents nés sur un autre continent. Ce serait même une conception particulièrement étriquée de la nationalité que de prétendre le contraire.
La véritable contradiction apparaît ailleurs : dans la manière dont certains de ces responsables entretiennent l’idée qu’une France métissée serait une France en voie de disparition.
Le cas de Jordan Bardella est particulièrement révélateur. Le président du Rassemblement national revendique volontiers ses origines italiennes, qu’il présente comme un modèle d’assimilation réussie. Il évoque beaucoup moins volontiers son arrière-grand-père kabyle, Mohand Séghir Mada, venu travailler en France dans les années 1930. Une histoire familiale documentée par Jeune Afrique et Le Monde. Pourquoi certaines immigrations seraient-elles dignes de figurer dans le roman national et d’autres beaucoup moins ?
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Éric Zemmour incarne une autre forme de paradoxe. Ses parents, juifs d’Algérie, avaient quitté leur terre natale pour la métropole. Une histoire complexe, traversée par la colonisation, l’exil et l’assimilation. Lui-même défend pourtant une vision particulièrement rigide de l’identité française. Comme si la diversité des trajectoires familiales qui ont façonné la France devait soudain cesser d’exister pour les générations suivantes.
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Jean Messiha, né Hossam Messiha au Caire, représente encore une autre trajectoire. Arrivé enfant en France, devenu haut fonctionnaire, puis militant nationaliste, il est lui aussi le produit d’une histoire migratoire. Son parcours pourrait servir à démontrer que l’appartenance française ne dépend pas exclusivement du lieu de naissance. Pourtant, il a choisi de défendre une ligne politique particulièrement hostile à certaines formes d’immigration.
Et que dire de Sarah Knafo, dont les grands-parents juifs marocains ont trouvé refuge en France ? Ou de Malika Sorel, née en France de parents algériens, devenue une figure de la droite identitaire ? Leurs parcours rappellent une évidence : la France contemporaine est aussi le résultat de migrations successives.
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Il serait évidemment absurde de leur reprocher de ne pas être assez français. Ce serait précisément reproduire le raisonnement que l’on entend dénoncer. En revanche, il est parfaitement légitime de leur demander pourquoi leurs propres histoires familiales devraient être considérées comme des réussites nationales tandis que celles d’autres Français seraient présentées comme les symptômes d’un effacement civilisationnel.
Car le « Grand Remplacement » n’est pas une réalité démographique scientifiquement établie. C’est une théorie politique qui transforme des évolutions de population en récit de dépossession, en suggérant qu’un peuple authentique serait progressivement remplacé par un autre.
Mais qui décide de ce qu’est un Français authentique ? À quelle génération cesse-t-on d’être considéré comme un descendant d’immigrés ? Pourquoi un grand-père italien serait-il plus rassurant qu’un arrière-grand-père algérien ? Et pourquoi faudrait-il avoir peur de la diversité dans le pays alors qu’elle existe jusque dans les arbres généalogiques de ceux qui la dénoncent ?
Au fond, cette contradiction révèle peut-être le véritable fonctionnement du nationalisme identitaire contemporain : il ne rejette pas nécessairement toutes les origines étrangères, mais établit une hiérarchie entre celles qu’il juge acceptables et celles qu’il considère comme menaçantes.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une question d’immigration. Il s’agit d’une question de regard, de sélection et de définition de l’appartenance nationale.
La France n’a jamais été un bloc humain immobile. Elle s’est construite avec des régions, des langues, des religions, des migrations, des exils et des rencontres. Ses responsables politiques, y compris les plus nationalistes, en sont parfois les illustrations les plus éclatantes.
Et c’est peut-être là que réside la plus grande ironie : ceux qui annoncent depuis des années la disparition de la France sous l’effet du mélange des populations sont eux-mêmes, pour plusieurs d’entre eux, les enfants de cette histoire.
Le Grand Remplacement aurait donc déjà eu lieu jusque dans les rangs de ceux qui prétendent le combattre ? Non. Ce qui a eu lieu, c’est simplement l’histoire de France. Et elle est beaucoup plus métissée que leurs discours ne veulent bien l’admettre.





