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Le jour où Pierrette Le Pen posait nue dans Playboy : quand le linge sale familial devenait affaire politique

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 Le jour où Pierrette Le Pen posait nue dans Playboy : quand le linge sale familial devenait affaire politique

Il y a des archives qui résistent au temps parce qu’elles racontent plus qu’un simple scandale. En 1987, Pierrette Le Pen, née Lalanne, première épouse de Jean-Marie Le Pen et mère de ses trois filles, pose dévêtue dans *Playboy*, en tenue de soubrette. L’épisode pourrait n’être qu’une anecdote croustillante de la Ve République. Il est en réalité beaucoup plus révélateur : une scène de vengeance intime, un règlement de comptes conjugal, mais aussi un moment où la politique française découvre que le privé peut exploser au visage du public.

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Tout part d’une phrase. Jean-Marie Le Pen, alors président du Front national et déjà candidat à l’élection présidentielle de 1988, aurait lancé, à propos de son ex-femme à qui il refusait de verser une pension alimentaire, qu’elle n’avait qu’à « faire des ménages » si elle avait besoin d’argent. La phrase est brutale, méprisante, presque caricaturale. Pierrette Le Pen va la prendre au mot. Puisque son ancien mari la renvoie au ménage, elle fera donc le ménage. Mais dans *Playboy*. Et devant toute la France.

La réponse est d’une efficacité redoutable. Pierrette Lalanne apparaît en soubrette, plumeau et chiffon à la main, dans une mise en scène qui ridiculise autant l’injonction domestique que l’homme qui l’a formulée. Elle transforme une humiliation privée en contre-attaque médiatique. Là où Jean-Marie Le Pen voulait la réduire à une femme abandonnée aux tâches ménagères, elle choisit de devenir l’image même du scandale. Elle retourne l’insulte comme on retourne une gifle.

L’affaire fait évidemment du bruit. La France des années 1980, encore très télévisuelle, très patriarcale, très friande de scandales politico-familiaux, se régale et s’indigne à la fois. D’un côté, on raille la provocation. De l’autre, on comprend très bien le message : Pierrette Le Pen ne veut plus rester l’épouse effacée d’un chef politique. Elle veut reprendre la parole, même par l’image, même par le scandale, même au prix d’une rupture terrible avec ses filles.

Car l’épisode ne fut pas seulement médiatique. Il fut familialement violent. Marine Le Pen a longtemps vécu cette exposition comme une blessure intime. Plusieurs récits indiquent que ce passage dans *Playboy* a contribué à une longue période de silence entre Pierrette Lalanne et ses filles. Derrière la photo provocatrice, il y avait donc une famille fracturée, une mère rejetée, des enfants pris dans une guerre d’adultes, et une dynastie politique déjà transformée en feuilleton national.

Mais ce qui frappe aujourd’hui, avec le recul, ce n’est pas seulement le scandale. C’est la précision du geste. Pierrette Le Pen n’a pas simplement posé nue. Elle a répondu à une phrase. Elle a construit une image comme un droit de réponse. Elle a utilisé les codes du magazine masculin, non pas seulement pour se vendre, mais pour humilier celui qui avait tenté de la rabaisser. C’était vulgaire pour les uns, courageux pour les autres, mais politiquement, c’était imparable : tout le monde avait compris.

Ce jour-là, le clan Le Pen a découvert que la respectabilité politique pouvait être atteinte par la cuisine, le salon, la chambre à coucher et même la presse de charme. Le discours viril, autoritaire, national, se retrouvait soudain déstabilisé par une femme en soubrette tenant un chiffon. La scène disait quelque chose de cruel : quand on prétend incarner l’ordre, il vaut mieux éviter que son propre désordre familial fasse la une.

L’épisode Pierrette Le Pen dans *Playboy* reste ainsi l’un des plus étranges moments de la vie politique française. Non parce qu’une femme posa nue — ce qui, en soi, ne devrait regarder qu’elle — mais parce que cette nudité devint un acte de guerre symbolique. Elle ne cherchait pas seulement à choquer. Elle voulait répondre. Elle voulait blesser. Elle voulait exister hors du nom Le Pen, tout en utilisant ce nom comme détonateur médiatique.

À sa manière, Pierrette Le Pen a inventé une forme de scandale parfaitement moderne : personnel, visuel, viral avant les réseaux sociaux. Une image suffisait à tout dire. Un chiffon, une tenue, un décor, et l’humiliation changeait de camp.

Depuis, l’histoire politique française a connu bien d’autres affaires, bien d’autres révélations, bien d’autres unes fracassantes. Mais celle-ci garde une saveur particulière. Parce qu’elle dit tout à la fois la violence conjugale symbolique, la brutalité des clans politiques, la puissance des images et l’incroyable capacité du ridicule à fissurer les postures les plus martiales.

En 1987, Pierrette Le Pen ne fit donc pas seulement le ménage.

Elle balaya, le temps d’une couverture, une partie du décor.

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