Les Gens

MC Pao : c’était drôle cinq minutes, mais maintenant, franchement, au secours !

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →

Au début, je dois reconnaître que MC Pao m’avait plutôt amusé. Ce milliardaire italien sorti de nulle part, avec ses allures de personnage de bande dessinée, ses extravagances, ses déclarations délirantes, ses additions astronomiques et son improbable carrière de rappeur, avait quelque chose de suffisamment grotesque pour devenir sympathique. Une sorte de parodie vivante du capitalisme triomphant. Un personnage tellement excessif qu’on pouvait se demander s’il ne se moquait pas lui-même de tout ce cirque. Bref, la plaisanterie fonctionnait. Cinq minutes.

Mais voilà, les cinq minutes sont passées. Et désormais, MC Pao commence sérieusement à me fatiguer.

On le voit partout. Absolument partout. Sur les réseaux sociaux, chez Hanouna, sur les chaînes d’information, dans les vidéos d’influenceurs, au milieu de polémiques artificielles. Impossible d’ouvrir une application sans tomber sur sa tête, son argent, ses bijoux, ses provocations ou ses démonstrations de richesse. À croire que la France entière s’est donné pour mission de faire la promotion permanente d’un milliardaire italien qui n’avait pourtant rien demandé à notre patrimoine culturel.

Et puis il y a la musique. Ah, la musique !

Parce que MC Pao, ne l’oublions pas, se présente aussi comme un artiste. Un rappeur, même. Et là, permettez-moi de rire un peu moins.

À mes oreilles, le garçon ne sait tout simplement pas chanter. Quant à son rap, je cherche encore ce qu’il pourrait apporter à un genre musical qui a produit tant de talents, de personnalités singulières, de véritables auteurs et d’artistes partis de rien. Ses morceaux ressemblent davantage à des caprices de milliardaire qu’à une nécessité artistique. Tout semble financé, calibré, emballé, exposé. Il y a du budget, de l’image, de la communication. Mais où est l’émotion ? Où est la voix ? Où est le talent ?

Il a évidemment parfaitement le droit de faire de la musique. Mais avoir les moyens de produire des chansons ne signifie pas que ces chansons méritent d’être écoutées. On peut s’offrir un studio, un clip, une équipe, des collaborateurs, une campagne promotionnelle. On ne peut pas s’acheter une âme d’artiste.

Et c’est peut-être là que commence le véritable problème : MC Pao semble confondre systématiquement sa puissance financière avec son importance personnelle.

Car notre homme ne se contente pas de s’amuser avec son argent. Il donne des leçons. Sur la réussite, le travail, les impôts, l’économie, les pauvres, les riches, le mérite. Le voilà transformé en penseur du capitalisme, en professeur de prospérité, en distributeur de vérités économiques. Et tout cela avec cette assurance tranquille de ceux qui semblent persuadés que leur compte en banque constitue un diplôme universel d’intelligence.

Sauf qu’il existe un petit détail dans cette merveilleuse histoire de réussite : Paolo Rotelli, de son vrai nom, est avant tout un héritier.

Il a reçu une participation considérable dans l’empire hospitalier familial italien Gruppo San Donato. Certes, il a ensuite exercé des responsabilités à la tête de cette entreprise et participé à son développement. Ce serait injuste de nier son parcours de dirigeant. Mais il n’a pas créé cette fortune en partant de rien. Il n’a pas commencé dans une chambre de bonne avec trois euros et un ordinateur d’occasion.

Et cela change quand même un peu la portée de ses leçons sur la réussite individuelle.

**Hériter d’une fortune n’est pas une honte. Se comporter comme si cet héritage constituait la preuve d’une supériorité personnelle devient franchement pénible.**

Mais le plus fatigant reste cette ostentation permanente. Les factures incroyables, les hôtels hors de prix, les jets privés, les vêtements, les voitures, les soirées et ces jeunes femmes régulièrement intégrées à une mise en scène de luxe tapageur. Certaines apparaissent dans ses prestations comme des figurantes d’un fantasme de réussite masculine. Ce n’est évidemment pas leur personne qui est en cause, mais cette esthétique de catalogue pour nouveaux riches où tout semble devoir servir à démontrer la puissance du portefeuille.

Des femmes, du champagne, des bijoux, des billets. Il ne manque plus qu’un tigre en laisse et une baignoire remplie de diamants pour compléter cette vision particulièrement rudimentaire du bonheur.

Ce qui pouvait passer pour de la dérision finit par ressembler à une publicité permanente pour la vulgarité du luxe. Une vulgarité qui ne tient pas à la richesse elle-même, mais à cette nécessité presque enfantine de l’exhiber.

Et le plus extraordinaire, c’est que MC Pao a réussi à entraîner une partie des médias dans son numéro.

Une rumeur a prétendu qu’il aurait payé pour apparaître chez Cyril Hanouna. Il l’a démentie, et rien ne permet d’affirmer qu’il a acheté sa place à la télévision. En revanche, il dispose incontestablement des ressources nécessaires pour financer son univers musical, sa communication et une quantité impressionnante de contenus. Sa fortune n’achète pas nécessairement les journalistes, mais elle lui donne un avantage considérable dans la compétition pour attirer leur attention.

Aujourd’hui, il suffit qu’il annonce le prix d’un repas ou provoque quelqu’un sur un plateau pour qu’une nouvelle séquence circule. Le contenu importe finalement assez peu. C’est le personnage qui fait tourner la machine.

Il a aussi fait un don de 60 000 euros au ZEvent. C’est un geste utile, qu’il serait absurde de mépriser. Mais même la générosité finit par devenir, dans cette mécanique, un nouvel épisode de la grande série médiatique MC Pao.

Et moi, je commence à saturer.

Ce qui me dérange le plus n’est même pas cet homme. Après tout, qu’il fasse ce qu’il veut de son argent, de ses journées et de sa carrière musicale. Il est libre, et c’est très bien ainsi.

Ce qui me dérange, c’est notre époque. Cette société où la richesse suffit à créer une personnalité publique, où l’exhibition tient lieu d’œuvre, où la provocation remplace la pensée et où la notoriété devient une valeur en soi.

Pendant que des milliers de musiciens véritablement talentueux peinent à financer un disque, à trouver une salle ou simplement à se faire entendre, on consacre un espace médiatique considérable à un homme dont le principal argument artistique semble être sa capacité à payer l’addition.

Bien sûr, MC Pao n’est pas responsable à lui seul de cette absurdité. Les plateformes, les médias et les spectateurs participent à sa fabrication. Et en écrivant cet article, j’ai parfaitement conscience de contribuer, moi aussi, à cette gigantesque machine à attention.

Mais il arrive un moment où l’on peut avoir envie de dire simplement : ça suffit.

J’aimerais bien que l’on recommence à parler de gens qui ont quelque chose à raconter, à inventer, à défendre, à transmettre. Des artistes qui ont une vision, des idées, une sensibilité. Pas seulement un patrimoine financier et une remarquable capacité à faire parler d’eux.

MC Pao a probablement réussi son opération médiatique. Il a imposé son personnage, installé sa marque et transformé sa fortune en spectacle populaire. Sur ce terrain-là, difficile de nier son efficacité.

Mais la réussite d’une opération de communication ne constitue pas une réussite artistique.

Et lorsqu’une plaisanterie devient interminable, elle cesse d’être drôle.

Cher MC Pao, amusez-vous, chantez si vous voulez, dépensez votre argent comme bon vous semble. Mais, de grâce, épargnez-nous les leçons de vie et les démonstrations permanentes de votre fortune. Nous avons compris : vous êtes très riche.

Maintenant, si vous pouviez nous laisser un peu de place pour les artistes, les vrais, ce serait formidable.

Vous réagissez à cet article

Votre réaction

« MC Pao : c’était drôle cinq minutes, mais maintenant, franchement, au secours ! »

Votre nom, votre e-mail et votre message concernent uniquement l’article affiché ci-dessus. L’e-mail n’est pas publié.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague
Retrouvez plus souvent Le Mague sur Google

Ajoutez Le Mague à vos sources préférées pour favoriser son apparition dans vos actualités Google.

La suite sur Le Mague

Vous pourriez aussi aimer

D'autres articles à découvrir dans le même univers.

Les plus lus en ce moment