Il y a ceux qui écrivent des livres pour expliquer comment fonctionne le pouvoir. Et puis il y a ceux qui finissent par écrire un roman pour raconter comment il dysfonctionne. Rémi Raher semble avoir décidé de passer de l’un à l’autre, avec une certaine gourmandise et un sens de l’ironie qui ne manque pas de piquant.
Son nouveau livre, « Demandez à Varenne », nous plonge dans un univers où les décisions se prennent dans des bureaux feutrés, où les responsabilités se diluent à mesure que les problèmes s’accumulent et où les situations les plus invraisemblables finissent par devenir parfaitement ordinaires.
Au centre de cette histoire, Aude Varenne, une femme qui n’avait manifestement pas demandé à exercer le pouvoir, mais à laquelle on l’a pourtant apporté. Une situation qui résume à elle seule une bonne partie des contradictions de nos organisations contemporaines : ceux qui convoitent les responsabilités ne sont pas toujours ceux qui devraient les exercer, tandis que ceux qui les assument se retrouvent parfois prisonniers de mécanismes qui les dépassent.
Fort de son expérience dans les domaines du management et de la stratégie, Rémi Raher dispose d’un matériau particulièrement fertile pour nourrir cette fiction. Car le monde professionnel, avec ses hiérarchies, ses rivalités, ses réunions interminables et ses décisions parfois incompréhensibles, constitue un formidable théâtre de la comédie humaine.
Derrière les procédures, les organigrammes et les discours institutionnels, il y a des individus, des ambitions, des peurs, des contradictions et cette capacité presque miraculeuse des organisations à transformer l’absurde en norme.
L’auteur prend d’ailleurs soin de préciser, avec un sourire entendu, que toute ressemblance avec des situations existantes serait « purement fortuite ». Une précaution littéraire qui laisse naturellement le lecteur libre de reconnaître quelques scènes familières.
Ce passage à la fiction est intéressant. Après avoir exploré pendant des années les mécanismes théoriques du fonctionnement des organisations, Rémi Raher choisit désormais de les mettre en scène. Le roman offre cette liberté précieuse que les essais ne permettent pas toujours : pousser les logiques jusqu’à leurs contradictions, faire surgir le ridicule derrière le sérieux et montrer ce que les discours officiels préfèrent généralement dissimuler.
Il aura d’ailleurs fallu un mois à l’auteur pour annoncer publiquement la sortie de son ouvrage. Une discrétion qu’il explique lui-même avec humour : il aurait consacré davantage de temps à écrire son roman qu’à en parler. Dans une époque où certains communiquent sur leurs livres avant même d’avoir commencé à les rédiger, l’inversion mérite d’être saluée.
Reste maintenant à découvrir comment cette première incursion dans la fiction transforme son expérience professionnelle en matière romanesque. La promesse est séduisante : observer le pouvoir non pas depuis les tribunes officielles, mais depuis ses coulisses, là où les décisions humaines fabriquent parfois les situations les plus extravagantes.
Et si, finalement, la meilleure manière de comprendre certaines organisations était encore d’en rire ?
« Demandez à Varenne », de Rémi Raher, éditions Phénix, paru le 13 septembre 2026.





