Littéraire

Thélyson Orélien sort du silence : « Ce roman, je l’ai écrit moi-même »

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Trois semaines après le début d’une polémique qui a secoué la rentrée littéraire française, l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien a publié, le 13 octobre 2026, une longue déclaration intitulée Ce roman que j’ai écrit. Transmise notamment à l’AFP via son éditeur québécois Les Éditions du Boréal, le texte défend pied à pied l’authenticité de C’était ça ou mourir, son roman phénomène, tout en reconnaissant des plagiats anciens.

Depuis le 21 septembre, le compte X « Balance ton Claude » avait accusé le roman d’avoir été « presque intégralement » rédigé par une intelligence artificielle, en s’appuyant sur le détecteur Pangram. L’ouvrage, publié au printemps au Québec et en août chez Grasset en France, avait été salué par la critique, couronné du prix Fnac et inclus dans la première sélection du Goncourt avant d’en être écarté. Les détecteurs d’IA ont donné des résultats contradictoires, et l’affaire s’est rapidement doublée de révélations sur des emprunts non attribués dans des textes plus anciens de l’auteur (2012-2014).

Dans sa déclaration, Orélien refuse catégoriquement l’accusation principale. « On dit que C’était ça ou mourir a été rédigé par une intelligence artificielle. C’est une calomnie et une hérésie », écrit-il. Il admet avoir eu « recours çà et là à des outils pour des recherches, s’agissant notamment des idiomes étrangers », mais affirme : « Aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine, pas plus que le sens ou l’ordonnance d’un récit qui vient de mes tripes. »

L’auteur situe la genèse du roman bien avant l’essor des IA génératives grand public : « J’ai commencé à écrire C’était ça ou mourir à l’automne 2017, sur un coin de table à Laval. J’ai terminé un premier jet de ce texte en 2019, plus de 300 pages, au moment où j’apprenais la mort de ma mère, un mercredi de Pâques. » Il décrit ensuite un long travail de réécriture : suppressions de scènes, déplacements d’éléments, changements de personnages. Le protagoniste Jonas Dorléon, affirme-t-il, « existait dans ma tête bien avant que des lecteurs ne connaissent son nom ». Haïti, le Québec, la migration et l’exil y sont présents « depuis le premier jour ».

L’accusation d’IA, poursuit-il, ne conteste pas seulement sa qualité d’écrivain, mais « mon humanité ». « En attribuant à une machine un texte qui est mien, qui est celui de tous les miens », écrit-il, l’expérience devient « cruelle ».

Orélien aborde aussi frontalement son passé. Après le séisme de 2010, il a quitté Haïti via la République dominicaine, comme son personnage, alors qu’il avait « un peu plus de vingt ans ». Lecteur vorace (Depestre, Glissant, Césaire, Hemingway, Márquez, Dostoïevski, Le Matin des magiciens de Pauwels et Bergier, etc.), il reconnaît avoir « commis des erreurs inacceptables » en s’attribuant des textes qui n’étaient pas les siens. « Admirer n’autorise pas à prendre », écrit-il. Il présente ses excuses « sans réserve » et « profondément ».

Il distingue toutefois ces fautes de jeunesse du roman en cause : « Une erreur de jeunesse ne peut tenir lieu de preuve contre un roman débuté en 2017 et qui sera finalement publié en 2026. » Tout en jugeant légitimes l’enquête journalistique et la critique littéraire, il dénonce « les menaces, le lynchage médiatique et le harcèlement raciste » subis depuis des semaines.

Ce qu’il demande se résume en une phrase : « Qu’on juge le roman C’était ça ou mourir pour ce qu’il est. » Il insiste sur son origine personnelle : « Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants. Cette blessure de l’exil dont on ne guérit pas. Ce roman en est le fruit, c’est le fruit de mon travail, c’est ma création. »

Enfin, il précise ses intentions : « Je n’ai pas écrit ce livre pour gagner des prix ou devenir célèbre. Je n’ai rien à prouver aux gens qui m’accusent. J’espère simplement qu’on lira l’histoire de Jonas Dorléon pour ce qu’elle raconte, qu’elle permettra à ses lecteurs d’ouvrir leurs yeux et leur cœur sur le monde, sur ceux qui le peuplent. Quelle que soit leur origine. »

La déclaration clôt une période de silence de l’auteur, qui avait interrompu sa tournée promotionnelle après le début de la polémique. Elle ne fournit pas de preuves documentaires (brouillons, chronologie détaillée) susceptibles de clore définitivement le débat sur l’usage éventuel d’outils d’IA, mais elle place clairement la balle dans le camp des lecteurs et des critiques : juger l’œuvre pour elle-même, en distinguant les erreurs passées du roman publié en 2026.

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