Dans une main, le Trump doré tient un club de golf ; dans l’autre, une balance de la justice. Sous lui, un homme de bronze, plus petit et plus frêle, ploie sous son poids. Au pied de la sculpture, un petit globe évoque lui aussi le poids du monde. Sur le socle, une phrase donne la parole au personnage surnommé « le Roi de l’Injustice » : « Je suis assis sur le dos d’un homme. Il s’enfonce sous mon fardeau. Je ferai tout pour l’aider. Sauf descendre de son dos. » La formule résume l’accusation portée par l’œuvre : celle d’un pouvoir qui prétend aider les autres tout en leur faisant porter ses décisions et leurs conséquences.
L’or n’est pas là pour rendre la statue glorieuse. Il en accentue le caractère tapageur et dérisoire. Galschiøt explique avoir voulu détourner les signes du luxe et du pouvoir, dans une œuvre qui s’inspire aussi du conte d’Andersen Les Habits neufs de l’empereur. Dans ce récit, le souverain défile nu tandis que la foule fait semblant de ne rien voir. Ici, le corps exposé de Trump devient une caricature politique : la nudité suggère un pouvoir dépouillé de ses apparences, tandis que la dorure souligne son goût de la mise en scène.
L’artiste présente la sculpture comme une critique des politiques de Donald Trump, notamment sur le climat et les relations internationales. Ce message reste celui de l’artiste, et non une conclusion établie par l’œuvre elle-même. La sculpture ne cherche d’ailleurs pas la neutralité : elle attaque frontalement, avec les outils de la caricature, et transforme un désaccord politique en image immédiatement lisible. On peut trouver le procédé lourd ou efficace ; difficile, en revanche, de ne pas comprendre ce qu’il veut faire voir.
L’exposition, temporaire, a été organisée dans un espace dédié aux événements culturels du Parlement et approuvée selon ses règles internes. L’œuvre avait déjà été montrée lors d’autres événements, notamment à la COP30 au Brésil. Après Strasbourg, l’artiste prévoit de la présenter à la COP31, en Turquie. Pour accompagner l’exposition, des miniatures imprimées en 3D ont également été distribuées aux visiteurs et au personnel du Parlement.
Dans les couloirs d’une institution où se discutent les règles communes de l’Union, cette sculpture agit comme une intrusion volontaire : elle déplace la satire politique de l’affiche ou du réseau social vers un lieu de pouvoir. Elle ne démontre rien à elle seule et ne remplacera pas le débat sur les politiques américaines. Mais elle pose une question par l’image : qui supporte le poids des décisions prises au sommet ? C’est dans ce décalage entre le sérieux du lieu et la brutalité presque burlesque de la statue que réside une bonne part de son impact.





