Art of Juliette

Ma parenté sans nom.

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« Je reconnais les miens là où personne ne m’a appris à les chercher. »

À quoi reconnaît-on ce qui nous est profondément familier ?

Très tôt, j’ai senti un écart entre ce que les
autres semblaient percevoir et ce qui retenait
mon attention. Ce qui allait de soi autour de
moi pouvait demeurer inaccessible, tandis
qu’un détail presque insignifiant acquérait une
importance considérable.

Comme si les autres habitaient une
évidence qui m’échappait.

Je cherchais ma place, une appartenance,
une origine, une définition capable d’expliquer
ce sentiment d’étrangeté.

Je ne vivais pas hors du monde. Je n’en
partageais simplement pas toujours les
mêmes repères.

Je percevais les passages avant les
contours, les relations avant les catégories,
les matières impalpables avant les formes
établies.

Certaines choses m’atteignent avec une
précision immédiate. Je ne les observe pas de
l’extérieur. Leur façon d’exister m’est
familière.

Je suis faite de la même énigme.

Nous partageons la même fragilité, la
même nécessité de prendre forme pour un
temps avant de disparaître.

Le dessin intervient précisément là. Il ne
restitue pas ce que j’ai devant les yeux. Une
tension, un déplacement, une densité, une
façon de tenir ou de céder peuvent passer
directement dans le trait. Ce qui n’a pas
encore de nom acquiert une réalité
graphique.

Cette proximité précède les mots.

L’eau qui trouve son passage m’est familière.
Une plume abandonnée sur un chemin aussi.
Certaines densités de silence, certaines
couleurs produisent la même certitude.

Je n’ai pas besoin de savoir ce qu’elles
signifient pour savoir qu’elles me sont
proches.

Le dessin a été ma première réponse à cette
reconnaissance. Avant de pouvoir expliquer
ce que je percevais, je pouvais tracer. Le trait
ne traduisait pas une pensée déjà constituée.
Il donnait une mesure à ce qui n’en avait pas
encore.

Cette relation existait avant mes mots. Elle
tient dans des intensités, des mouvements,
des variations, dans la façon dont une chose
peut tenir un instant puis se défaire.

Elle était là avant les récits que l’on m’a
racontés sur moi-même.

Je me suis sentie orpheline de certaines
évidences, orpheline de certaines
appartenances.

J’ai pris cette absence pour un manque.
Comme s’il devait exister quelque part une
origine, une filiation, une évidence partagée
qui me donnerait enfin une place.

L’appartenance était ailleurs.

Sans identité commune. Sans généalogie.
Sans récit.

Dans l’eau qui trouve son passage. Dans la
plume presque sans poids. Dans une couleur
avant son nom, un silence avant son
interprétation, une matière avant son contour.
Ce ne sont pas des réponses à la question de
savoir qui je suis. Ce sont des choses dont la
manière d’être m’est immédiatement proche.

Le dessin ne représente pas cette famille. Il
rend sensible ce qui nous relie.

Je me sens de leur famille.

Retrouvez Juliette Savaëte sur son site officiel : www.juliettesavaete.fr

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