Art of Juliette

Vert lumière.

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« Une couleur peut avoir lieu dans le corps. »

Le vert est devant moi et pourtant je ne saurais dire exactement où je le perçois. L’oeil ne suffit pas à expliquer ce qui arrive. La couleur possède une intensité qui déborde ce que je vois, atteint le corps, déplace une sensation. Il arrive ainsi que le réel soit éprouvé avant d’être compris.

Dehors, le gazon est d’un vert
presque excessif.

Je reste quelques instants à le regarder.

Vert pomme, vert jaune, vert lumière,
comme si la couleur ne se contentait plus
d’être une couleur mais devenait une
présence.

Certaines couleurs ne restent pas devant
mes yeux.

Elles ont une densité, une température,
presque une pression. Le vert peut
m’atteindre avant même que j’aie pensé : vert.
La sensation est déjà là.

Dans le dessin, je connais cette immédiateté.

Une couleur ne vient pas remplir une forme.
Elle agit sur l’espace. Elle le tend, l’ouvre,
parfois le déplace. Je sais qu’elle doit être là
avant de savoir ce qu’elle y fera.

L’automne avance, je le vois dans les
arbres. L’orange apparaît par endroits, une
lente combustion, une métamorphose
silencieuse.

Le vert demeure pendant que
l’orange commence.
Je les regarde ensemble.

Leur proximité produit une sensation presque
physique. Je ne sais pas exactement où finit
la couleur et où commence ce que j’éprouve.

Je n’ai jamais eu besoin de les séparer.

Le vent traverse le jardin. Il soulève les
feuilles. Il passe contre les vitres. Il entre dans
la maison.

J’ai parfois l’impression qu’il traverse aussi
les endroits blessés de mon histoire.

Je ne sais pas pourquoi certaines douleurs
reviennent lorsque le vent souffle. Je sais
seulement qu’elles reviennent.

Une couleur peut me traverser ainsi.

Sans récit. Sans souvenir précis. Sans que je
sache toujours ce qui relie l’une à l’autre.

Dans le dessin, je ne cherche pas à retrouver
ce passage.

Je le laisse avoir lieu.

Une couleur peut porter ce que je ne sais pas
encore nommer. Elle n’a pas besoin de
représenter une émotion pour en avoir la
densité.

Elle est là avant l’explication.

Je suis vivante.

Cette phrase me paraît simple.

Elle ne l’est pas.

Je suis vivante.

Je la répète parfois comme on vérifie une
température, comme on touche un mur pour
savoir s’il est encore là, parce qu’il fut un
temps où je ne savais plus très bien.

Devant certains verts, je n’ai rien à vérifier.

Ils sont là.

Moi aussi.

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