Art of Juliette

Avant que le jour ne commence.

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« Le monde ne manque pas de beauté. Il manque peut-être de femmes et d’hommes assez disponibles pour l’habiter. »

Chaque matin, avant les premières pensées, le corps retrouve un rythme plus ancien que la volonté. Les gestes quotidiens cessent alors d’être de simples habitudes : ils deviennent une manière de rejoindre la justesse que le corps connaissait déjà. Une méditation sur le réveil, non comme un commencement, mais comme une restitution silencieuse de notre présence au monde.

5H47.

Je me réveille sans réveil.
Je laisse le corps décider.

Je n’ouvre pas encore les yeux.
Le souffle me retrouve avant les pensées.

Puis les mains.

Les épaules.
Le poids du corps contre le matelas.

Quelque chose revient.

Sans bruit.
Je demeure immobile.

Le monde est déjà commencé.

Je n’ai rien à lui apporter.
J’ai seulement à le rejoindre.

J’ouvre les volets.

L’air entre.

Je ne fais entrer ni le matin ni le ciel.
Je retire une frontière.

Alors les gestes reviennent.

Respire.
Marcher.

Courir.

Dessiner.
Ecrire.

Je les ai longtemps pris pour des habitudes.
Ils étaient déjà une manière de revenir.

Chaque matin, ils retirent un peu de bruit.

Pas davantage.

Juste assez

pour que le souffle retrouve le corps,

que le corps retrouve le monde,

et que le monde recommence à répondre.

Le reste ne dépend plus de moi.

On me croit calme.
Le premier mouvement de la journée est invisible.

Pourtant, tout circule.

Le souffle.
Le sang.

Les couleurs.
Les formes encore sans nom.

Même le silence travaille.

Puis viennent les lieux où cette circulation s’interrompt.

Les néons.
Les rayons.

Les files d’attente.

Des lieux où tout fonctionne.
Mais où presque rien ne semble appeler notre présence.

Le corps continue.

Quelque chose d’autre attend.

Je comprends alors que certaines fatigues ne viennent ni de l’effort ni du temps.

Elles naissent lorsqu’une journée ne nous demande plus d’être présents à elle.

Nous croyons manquer de temps.
Il nous manque peut-être des jours qui nous réveillent vraiment.

Alors je recommence.

Chaque matin.

Le corps me précède.

Toute la journée,

j’essaie de le rejoindre.

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