Florent Lemaçon connaissait bien l’Afrique
La libération des otages du voilier dans le golfe d’Aden par les commandos marine s’est soldée par la mort du propriétaire du bateau avec lequel il avait pris la mer en juillet 2008 pour un voyage au long cours en famille.
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Florent Lemaçon est un homme comme les autres, et il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Les conditions dans lesquelles s’est produit l’assaut du Tanit, un cotre d’une dizaine de mètres de long, ne sont pas encore élucidées. Aux dernières nouvelles, il était dans le carré sous bonne garde au moment où des commandos ont investi le navire. Des tirs ont été échangés quand l’un d’eux s’est infiltré à l’intérieur du voilier. Le communiqué de l’état-major est laconique et il n’est pas certain que toutes les informations soient encore remontées vers lui.
Les négociations ne donnant rien, le bateau se rapprochant des côtes, et après un ultime avertissement qui est resté sans effet, il a été donné l’ordre hier d’immobiliser le bateau, ce qui a été fait par un tir pour faire tomber les voiles. Cette action a permis d’ouvrir une nouvelle phase de négociations. Au cours de ces 48 heures, nous avons fait aux pirates toutes les propositions possibles pour qu’ils nous rendent nos compatriotes sains et saufs, jusqu’à l’échange de la mère et de l’enfant contre un officier, ce qui a été refusé, a assuré le ministre de la Défense Hervé Morin.
Cependant, les autorités ont renouvelé leurs réserves à l’intention des voyageurs circulant dans ces dangereuses contrées, et rappelé celles qu’elles ont formulées à leur endroit : cet équipage avait été prévenu spécifiquement et a été dissuadé à plusieurs reprises. Il est très peu compréhensible que les recommandations de prudence n’aient pas été entendues, a renchéri mardi le porte-parole du Quai d’Orsay, Éric Chevallier. Ce n’est pourtant pas ce que Florent Lemaçon rapportait sur son blog où il diffusait pour sa famille et ses amis des nouvelles de son voyage : pour éviter les risques il nous conseille de nous éloigner de la route des navires de commerce n’étant pas une cible privilégiée il faut essayer de ne pas être sur la route des pirates. Nous établissons un contact très sympathique, ils nous escortent toute la journée, l’hélicoptère revient sur zone le lendemain pour voir si tout va bien… finalement c’est assez sympa ce contact français en pleine mer, loin de chez nous !
D’après son père, contacté par Ouest-France qui suivait l’épopée de Tanit, ils étaient très au large, comme on leur avait demandé. Ce sont des marins confirmés et surtout pas des inconscients. Ils suivaient les consignes, ont pris la route la moins dangereuse, étaient en contact permanent avec les forces françaises auxquelles ils transmettaient régulièrement leur position. Florent Lemaçon connaissait les risques qu’il allait prendre au moment où sa famille appareillait de Vannes : le risque existe mais il est minime pour un bateau comme le nôtre, d’autant plus que nous n’emportons ni appareil sophistiqué de navigation ni argent et bijoux. Nous ne voulons surtout pas emmener d’arme pour nous défendre, expliquait-il à Patrick Certain.
Florent Lemaçon avait retapé ce beau voilier de 30 pieds de 1970 pour aller au bout de ses rêves. Nous voulons fuir la société de consommation et sa routine. Nous nous voyons mal apporter à notre enfant l’éducation que le gouvernement est en train de nous concocter. Nous préférons vivre au contact de la mer et la nature, confiait-il au localier. Cet informaticien de 27 ans était un familier de la mer et de ses usages. À propos du passage de Bab-el-Mandeb, il avait appris d’autres marins comment procéder : pendant trois jours, on va se faire tout petit en passant le plus loin des côtes. Le risque existe, mais il est minime pour un bateau comme le nôtre, d’autant plus que nous n’emportons ni appareil sophistiqué de navigation ni argent et bijoux. Nous ne voulons surtout pas emmener d’arme pour nous défendre.
L’Afrique n’était pas non plus inconnue pour Florent Lemaçon. Il œuvrait au sein d’une association du Morbihan qui monte des projets de développement dans les pays d’Afrique subsaharienne. Toute sa famille est d’ailleurs impliquée dans les actions de Tilalt-Niger. L’association est née d’un coup de cœur pour un quartier défavorisé entouré des plus belles villas de la capitale. Suite à l’incendie accidentel de neuf cases en janvier 2001, elle s’est mobilisée pour collecter des objets utiles comme des nattes, des couvertures…, des vivres comme du riz et du mil…, et des fonds pour reconstruire les logements de près de 40 personnes ayant tout perdu, du moins le peu qu’elles avaient auparavant. De ses voyages, Florent Lemaçon a fait un livre : les petits Métiers de Niamey.
42 petits métiers sont mis en beauté par les photographies de Florent Lemaçon et les textes de Nolwenn Barbier-Alassane. Des petits boulots du quotidien qui permettent, à Niamey, comme dans toutes les villes africaines, à des milliers de personnes de survivre. Un esprit humaniste anime l’ouvrage entier En effet, l’album a été édité par une association qui souhaite créer des fonds pour aider les défavorisés de la culture par le biais de la réalisation, de l’édition et de la vente directe de livres. L’ouvrage est né grâce au partenariat avec Tilalt-Niger, qui travaille sur le terrain à Niamey, et ses bénéfices servent à acheter d’autres livres ou du matériel de bibliothèque. Le livre est aujourd’hui épuisé.
