La France pourrait bien se faire exclure de l’Europe

La France pourrait bien se faire exclure de l'Europe

Alors que les Français spéculent encore sur le sort qu’il convient de réserver à Raymond Domenech pour avoir aussi mal joué les championnats d’Europe, le 1er d’entre eux se prépare à prendre en charge les affaires de l’Union pour 6 mois. Constamment tancé par ses pairs pour la gestion impécunieuse de la France, il n’existe plus un seul point de convergence entre Nicolas Sarkozy et nos partenaires européens. Finances publiques, diplomatie, intégration, immigration, les désaccords se creusent à l’aune de l’opiniâtreté d’un homme d’État la principale qualité n’est pas de cultiver le consensus. 6 mois de présidence française ont pour les observateurs de grands risques d’aboutir au clash.

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Au-delà des différences de style entre la chancelière allemande et le président français, les deux géants européens ont eu des motifs de frictions ces derniers mois, telle l’Union pour la Méditerranée. L’Allemagne, qui n’est pas riveraine de la Grande bleue, a largement contribué à édulcorer le projet français. Nicolas Sarkozy a cependant réussi à enfoncer un coin dans le concert européen en associant le Président du Conseil de Ministres de l’Italie d’alors, Romano Prodi, et le Président du Gouvernement de l’Espagne, Jose-luis Zapatero, à son projet d’Union le 20 décembre 2007. Les autres pays méditerranéens de l’Europe n’ont pas montré d’enthousiasme, et les autres, au premier chef desquels la Turquie, se sont faits l’écho d’un certain nombre de réticences.


En matière de diplomatie, le volontarisme de Nicolas Sarkozy n’est pas franchement du goût des Européens. La libération des infirmières bulgares aux mains du colonel Kadhafi a suscité la grogne des animateurs de la construction européenne. Le député européen Daniel Cohn-Bendit a ainsi accusé les Sarkozy d’avoir utilisé l’affaire des infirmières bulgares à des fins privées. On a instrumentalisé l’Europe pour une thérapie familiale du couple Sarkozy, car il fallait pour le président français occuper Cécilia, a estimé le député vert au parlement européen lors d’un point presse. Le dirigeant libyen a selon lui très bien compris la manœuvre et des contrats d’armement bloqués depuis un an et demi ont ainsi pu être finalisés, a-t-il souligné. La déclaration du célèbre activiste, pour tonitruante qu’elle ait été, n’en est pas moins l’expression d’un sentiment partagé par les personnes en charge du dossier à la Commission, qu’elles s’apprêtaient à finaliser juste au moment où le tout nouveau chef de l’État français a porté l’estocade finale.


Autre aspect de la manie française à vouloir tout régenter, le refus irlandais de ratifier le traité de Lisbonne a soulevé de nombreux atermoiements des officiels et de l’amertume chez son promoteur. Sa violente sortie, durant ce même Conseil européen, contre le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson, accusé d’avoir contribué à la victoire du non en Irlande, n’est pas passée inaperçue.


L’historien polonais et député européen Bronislaw Geremek cherche dans Le Monde à arrondir les angles, en écrivant : le plan qui consiste à pousser l’Irlande à organiser un deuxième référendum a plusieurs précédents dans l’histoire de l’Union et n’est pas en contradiction avec les règles juridiques ; tout de même on ne peut pas nier que c’est un peu humiliant pour les Irlandais (oserait-on le demander aux Français ?) et que la culture démocratique des Européens en souffrirait aussi. Nicolas Sarkozy, qui se rendra le 11 juillet à Dublin, va-t-il de nouveau chercher à passer en force ?

L’euro et les finances publiques au centre de la brouille


Composée de cuivre, nickel et zinc, une pièce de 2 euros sera frappée à 20 millions d’exemplaires sur un total de 500 millions de pièces de même valeur en circulation en France et sera mise en circulation mardi 1er juillet, pour marquer la présidence française de l’Union. Elle est conçue côté face par le designer Philippe Starck, et frappée à la Monnaie de Paris, en présence du designer et de la ministre de l’Economie française Christine Lagarde qui s’exprimait vendredi en ces termes : c’est un peu le symbole de la présidence française de l’Union européenne, cela permet à chacun dans toute l’Europe de s’approprier un peu du travail français. C’est oublier un peu vite les récrimination de l’exécutif français l’été dernier, qui pestait contre la valeur de la monnaie européenne sur le marché mondial, entraînant des difficultés à l’export pour les industriels français.


Si le président français a demandé à ses partenaires européens de lui donner du temps pour réformer son pays et ramener à l’équilibre ses finances publiques, son exercice annuel n’a pas produit beaucoup d’effet. Devant les douze ministres des Finances de la zone euro, Nicolas Sarkozy a expliqué le 9 juillet 2007 les réformes structurelles engagées en France. Un an plus tard, la Commission européenne fait observer que s’agissant de l’impôt sur les sociétés, les taux maximums ajustés les plus élevés sont enregistrés en 2008 à Malte (35,0%) et en France (34,4%) ! Dans son ensemble, le taux d’imposition implicite du travail et les cotisations sociales, l’indicateur qui a la préférence quand il s’agit d’observer la pression fiscale moyenne, s’élève à 34,8% en 2006, contre 34,6% en 2005, avec une mention spéciale pour la France, qui possède avec 42,1%, un taux d’imposition sur le travail des plus élevés. La baisse enregistrée depuis 2000 s’est interrompue en 2005, malgré un large consensus sur l’opportunité d’une diminution de l’imposition du travail.

Recettes fiscales et taux d’imposition implicites par type d’activité économique

Recettes fiscales
en % du PIB
Taux d’imposition implicite sur :
la consommation
le travail
le capital
1996
2005
2006
1996
2005
2006
1996
2005
2006
1996
2005
2006
UE27
40,3
39,3
39,9
21,1
22,0
22,1
35,7
34,6
34,8
24,6
26,8
29,0
ZE15
40,7
39,8
40,5
19,9
21,4
21,6
34,1
34,4
34,7
25,4
30,0
31,7
BE
44,4
44,9
44,6
21,3
22,2
22,4
43,4
43,9
42,8
26,7
32,1
32,3
BG
 :
34,1
34,4
 :
24,4
25,9
 :
34,7
30,9
 :
 :
 :
CZ
34,7
37,1
36,2
21,2
22,2
21,2
39,5
41,7
41,0
22,3
25,5
24,9
DK
49,2
50,7
49,1
31,6
33,6
34,0
40,2
37,5
37,0
30,9
47,7
40,9
DE
40,7
38,7
39,3
18,3
18,0
18,2
39,6
38,6
39,6
25,6
22,9
23,4
EE
35,1
30,6
31,0
19,1
22,8
23,6
39,1
34,1
33,9
16,0
7,9
8,4
IE
33,1
30,8
32,6
24,7
26,5
26,9
29,3
25,1
25,1
27,1
37,5
42,5
EL
29,4
31,3
31,4
17,7
17,0
17,6
35,7
37,8
38,1
11,6
 :
 :
ES
33,1
35,6
36,5
14,4
16,3
16,4
29,5
30,6
31,6
20,6
36,0
38,7
FR
43,9
43,8
44,2
22,1
20,1
20,0
41,5
41,7
42,1
34,7
40,0
41,5
IT
41,8
40,6
42,3
17,1
16,8
17,2
41,5
42,8
43,0
28,2
30,4
34,4
CY
26,4
35,5
36,6
12,3
20,0
20,4
22,3
24,5
24,2
 :
31,0
36,6
LV
30,8
29,0
30,1
17,9
20,2
20,0
34,6
33,2
33,5
15,7
9,6
 :
LT
27,9
28,8
29,7
16,4
16,5
16,7
35,0
34,9
34,1
15,4
11,5
14,1
LU
37,6
37,8
35,6
20,8
25,5
25,1
29,6
30,0
29,6
 :
 :
 :
HU
40,6
37,4
37,2
29,5
26,4
25,8
43,1
37,8
39,0
 :
 :
 :
MT
25,4
33,7
33,8
14,0
19,1
19,8
17,8
21,9
21,5
 :
 :
 :
NL
40,2
37,9
39,5
23,3
25,3
26,9
33,3
30,5
33,5
23,2
20,7
20,0
AT
42,6
42,0
41,8
20,7
21,2
20,9
39,5
41,0
41,2
28,0
23,2
23,4
PL
37,2
32,8
33,8
21,2
19,6
20,2
36,3
33,1
34,4
21,3
22,2
 :
PT
32,8
35,1
35,9
19,5
20,6
21,1
26,5
28,4
28,5
23,0
28,1
 :
RO
 :
27,9
28,6
 :
18,0
17,7
 :
29,1
 :
 :
 :
 :
SI
39,1
39,3
39,1
24,7
24,2
24,2
37,1
37,5
37,6
 :
 :
 :
SK
39,4
31,5
29,3
24,2
22,2
20,2
39,4
32,9
30,3
33,3
19,1
18,1
FI
47,0
44,0
43,5
27,4
27,6
27,3
45,3
41,5
41,5
30,9
27,5
24,6
SE
50,3
49,5
48,9
27,2
28,1
28,1
48,0
44,7
44,5
26,6
 :
 :
UK
35,0
36,6
37,4
19,9
18,7
18,5
24,8
25,3
25,5
31,8
36,8
39,7
NO
42,4
43,5
44,0
31,0
29,7
31,1
38,2
38,5
38,0
 :
 :
 :


Enfin et en dépit du grand intérêt public que suscitent les questions d’environnement, les recettes des taxes environnementales ont connu une baisse depuis 1999, le taux de 2,6% du PIB en 2006 restant le plus faible sur les dix dernières années. Cette diminution est due à un niveau plus faible d’imposition de l’énergie, les recettes provenant des autres taxes environnementales étant restées stables. Quel sera l’impact du Grenelle de l’Environnement ?

Les choix de Nicolas Sarkozy sur l’immigration ne sont pas partagés


Le Premier ministre français est accompagné par les ministres de l’Immigration et de l’Enseignement supérieur et les secrétaires d’État aux Affaires européennes et aux Transports pour aborder à Saragosse les questions de coopération transfrontalière et la politique européenne d’immigration. Les deux chefs de gouvernement doivent adopter un texte qui servira de base au futur Pacte européen de l’immigration, l’une des grandes priorités de la présidence française de l’Union. Le gouvernement socialiste espagnol, qui a régularisé près de 700.000 travailleurs sans-papiers en 2005, a pris ses distances avec le concept d’immigration choisie défendue par la France. Il s’oppose toutefois au contrat d’intégration voulu par Paris, qui obligerait les nouveaux arrivants dans l’UE à apprendre la langue du pays d’accueil et à adopter ses valeurs, jugeant que ses lois fixent déjà les droits et devoirs des immigrés. Pour l’instant, rien n’est retranché, rien n’est ajouté à la proposition française, a déclaré François Fillon sans présager d’un prochain accord, y aura-t-il des contrats d’intégration ? Il y en a en France, on verra ce que le gouvernement espagnol et les autres souhaiteront. Contrairement à ce qui avait été annoncé il y a quelques jours, il n’est pas certains que la réunion de Saragosse accouche d’un texte commun sur l’immigration, ont rapporté des sources française et espagnole.


Brice Hortefeux avait au lendemain de l’adoption par le parlement européen de la Directive retour sur le séjour irrégulier des immigrés fixé cinq priorités communes aux 27 pays membres. La première est de promouvoir une immigration choisie et concertée à caractère professionnel, au détriment de l’immigration liée au regroupement familial qu’il s’agit de maîtriser. Les pays européens devraient s’engager à lutter contre l’immigration irrégulière et à ne pas procéder pour l’avenir à des régularisations générales de sans-papiers. Le pacte vise encore à mieux protéger l’Europe en améliorant les contrôles aux frontières, en systématisant le recours à la biométrie et en établissant un principe de solidarité avec les pays les plus exposés, proches des frontières extérieures de l’Europe. Le texte doit également poser les fondements d’une Europe de l’asile, ce qui consiste notamment selon le gouvernement français à organiser les échanges d’information sur les demandeurs entre les pays de l’Union. Enfin, la dernière priorité concerne le développement solidaire pour construire un partenariat avec les pays d’origine et de transit, au service de leur développement.


Si Nicolas Sarkozy souhaite vraiment remettre la France au cœur de l’Europe, il lui faudra mettre l’Europe au cœur de la France, en visant le public français avant ses partenaires européens dans ses interventions. Sans quoi, ceux-là mêmes qu’il souhaite amener à épouser ses vues lui feront savoir qu’il lui faudra se plier aux leurs, tout comme Jacques Chirac en 1995 avait dû laisser la fracture sociale béante pour faire place au dogme européen.

 

 


Peut-il vraiment former le monde à son désir ?
Il en est qui l’ont cru tout petit dans leur île,
Mais ils n’ont pu le faire à leur humeur virile :
Leur rêve a fait long feu comme on fait du vizir.


A-t-il au cœur celui qu’ils l’ont laissé moisir
Dans une autre île au sol rocheux, à l’air stérile ?
Ce petit monde en soi, mesquin, trop sûr, fébrile,
Ne vaut pas le plus grand dont on doit se saisir.


Est-il plus fort qu’un autre ou plus malin pour faire
Selon son bon plaisir le monde à son affaire ?
Le talent n’a pas moins de prix qu’auparavant.


Mais le temps est passé où l’on portait le fer
Pour faire au mieux valoir le tort qu’ils ont souvent
De vouloir que du monde en plus vive en enfer !

 

le 28/06/2008
Impression