Ma mère et ma soeur ont longtemps tenté de réduire la personne que j’étais.
Il y eut des humiliations, mais aussi beaucoup d’amour incapable de me rejoindre.
Le silence est devenu ma protection.
L’art est devenu mon langage.
Mes graphismes sont devenus des alphabets inventés, dont je suis demeurée l’unique détentrice.
Ma soeur est psychologue clinicienne.
Notre dernier échange téléphonique, avec ma mère, fut aussi notre dernier échange.
Je dis simplement :
J’ai un syndrome autistique.
Ma mère murmure :
Je ne comprends pas… Est-ce que cela expliquerait tout ce mal-être en toi ?
Avant même que je puisse répondre, ma soeur crie :
N’importe quoi ! Tu n’es pas autiste !
Puis :
Espèce de salope !
Le silence tombe.
Définitivement.
Je ne suis pas seulement blessée par une insulte.
Je suis dépossédée de ma propre parole.
Comme si quelqu’un d’autre savait mieux que moi qui j’étais.
Comme si ce que j’éprouvais n’avait aucune existence.
Il existe des paroles qui ne ferment pas seulement une conversation.
Elles ferment, parfois pour des années, l’accès à soi-même.
Il m’a fallu des années pour retrouver le droit de croire à ce que je savais déjà de moi.
