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RAVERSE : trente ans d’art numérique ressuscités dans une sculpture monumentale de 50 écrans à Paris

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Le 24 octobre 2026, le Théâtre de l’IA, à Paris, accueillera une exposition aussi singulière qu’ambitieuse. L’artiste MACHAC_ART y dévoilera RAVERSE, une collection d’art numérique des années 1990 restée dans l’ombre pendant près de trois décennies. Pour lui redonner vie, une sculpture monumentale composée de 50 écrans récupérés. Une rencontre fascinante entre archéologie numérique, mémoire artistique et réflexion sur notre rapport aux machines.

Il fut un temps où l’ordinateur n’était pas encore devenu le prolongement naturel de notre cerveau, où Internet relevait presque de la science-fiction et où quelques artistes visionnaires détournaient déjà les premières machines personnelles pour inventer de nouvelles formes d’expression. Nous sommes au début des années 1990. Les ordinateurs Atari et Amiga deviennent les instruments d’une génération de créateurs qui pressentent, avant presque tout le monde, que l’image, la musique et la technologie sont sur le point de bouleverser notre rapport à l’art.

C’est précisément cette histoire, largement méconnue, que l’artiste et concepteur MACHAC_ART entend faire ressurgir le 24 octobre prochain au Théâtre de l’IA, dans le 11e arrondissement de Paris.

Au cœur de cette soirée exceptionnelle, une collection baptisée RAVERSE. Un ensemble d’œuvres et de témoignages visuels qui, selon ses promoteurs, serait resté à l’abri des regards pendant près de trente ans. Une sorte de capsule temporelle de la cyberculture européenne, née dans cette effervescence créative où l’underground électronique croisait les premières expérimentations informatiques.

L’ambition est considérable : restituer un chapitre oublié de l’histoire de l’art numérique, quelque part entre les expérimentations de Vera Molnar, les installations vidéo de Nam June Paik et l’explosion planétaire de la musique électronique incarnée notamment par les Daft Punk.
Mais MACHAC_ART ne se contente pas d’exposer des archives. Il a imaginé une véritable œuvre sculpturale intitulée « Le Point de Fiction », conçue à partir de 50 écrans destinés au rebut. Ces moniteurs, récupérés grâce à un partenariat avec le réseau Biotop, deviennent les composants d’une installation monumentale intégrée à l’architecture du lieu.

Le geste est intéressant à plus d’un titre. À une époque où l’industrie numérique multiplie les innovations tout en produisant des montagnes de déchets électroniques, transformer des écrans obsolètes en œuvre d’art prend une dimension presque politique. La machine abandonnée redevient un objet de contemplation. Ce qui devait disparaître devient un support de mémoire.
Cette démarche d’économie circulaire répond aussi à une contradiction fondamentale de notre époque : nous célébrons chaque nouvelle technologie tout en oubliant à une vitesse vertigineuse celles qui l’ont précédée. Les machines vieillissent, les formats disparaissent, les logiciels deviennent incompatibles et des pans entiers de la création numérique risquent de s’évanouir avec eux.

C’est précisément l’un des grands enjeux de RAVERSE. Contrairement à la peinture ou à la sculpture traditionnelle, l’art numérique possède une fragilité particulière : son existence dépend souvent de dispositifs techniques condamnés à l’obsolescence. Sauvegarder les œuvres ne suffit pas toujours. Encore faut-il préserver, ou reconstituer, les conditions dans lesquelles elles peuvent être vues.
Avec « Le Point de Fiction », MACHAC_ART pousse néanmoins la réflexion bien au-delà de la conservation patrimoniale. Son installation interroge les frontières devenues de plus en plus poreuses entre réalité, simulation, certitude et doute.

Dans l’univers numérique, suggère l’artiste, la vérité et la fiction peuvent se retrouver sur un pied d’égalité. Une image authentique et une image fabriquée empruntent les mêmes canaux de diffusion, occupent les mêmes écrans et sont parfois jugées selon les mêmes critères : leur visibilité, leur circulation, leur audience.

Cette réflexion trouve un écho particulièrement troublant en 2026, alors que l’intelligence artificielle générative produit quotidiennement des images, des voix et des vidéos capables de rivaliser avec les apparences du réel. Ce qui pouvait sembler une intuition philosophique dans les années 1990 constitue désormais une interrogation centrale de notre société.
Que devient la vérité lorsque son apparence peut être reproduite à volonté ? Que reste-t-il de l’œuvre originale dans un environnement dominé par la copie, la simulation et les algorithmes ? Et surtout, comment raconter l’histoire de l’art lorsque certaines de ses créations fondatrices ont été négligées par les institutions et le marché ?

Le projet de MACHAC_ART possède également une dimension provocatrice. En prétendant « re-ponctuer l’histoire de l’art », selon sa propre formule, l’artiste entend remettre en lumière des expressions artistiques qui n’ont pas nécessairement trouvé leur place dans les récits officiels. La collection RAVERSE est ainsi présentée comme un possible chaînon manquant de l’histoire numérique européenne. Une affirmation ambitieuse, dont l’importance patrimoniale mériterait naturellement d’être documentée et étudiée au-delà de cette seule exposition.

L’installation s’accompagne par ailleurs d’un dispositif de certification numérique développé avec Emblem. Un certificat d’authenticité sous forme de NFT doit permettre de retracer l’histoire de l’œuvre et d’accéder à des contenus complémentaires. La dimension technologique du projet bénéficie également du partenariat de MOORICE.

L’ensemble sera présenté lors d’une soirée mêlant découverte artistique et performances audiovisuelles. Après l’ouverture des portes à 19 heures, MACHAC_ART prendra la parole à 20 h 30 pour présenter son travail. Un mix VJ/DJ prolongera ensuite l’expérience de 21 heures à 23 heures, renouant avec l’esprit des premières scènes électroniques où l’image et le son dialoguaient librement.

Il y a quelque chose de séduisant dans cette proposition : raconter les origines de notre civilisation numérique avec les vestiges matériels qu’elle a elle-même abandonnés. À l’heure où chaque écran semble vouloir nous montrer le futur, MACHAC_ART choisit de nous montrer le passé.
Et ce passé pourrait bien éclairer notre présent.

Car derrière les circuits électroniques, les pixels, les algorithmes et les machines, il y a toujours eu des artistes, des expérimentateurs, des marginaux et des rêveurs. Des hommes et des femmes qui, bien avant que le numérique ne devienne une industrie mondiale, y avaient découvert un territoire de liberté.

RAVERSE veut leur rendre une visibilité. Et rappeler qu’avant d’être un marché, une technologie ou une course à la puissance, le numérique fut aussi une formidable aventure artistique.
Informations pratiques : RAVERSE × MACHAC_ART, « Le Point de Fiction », samedi 24 octobre 2026, au Théâtre de l’IA, 10 rue de la Vacquerie, Paris 11e. Ouverture à 19 h, présentation de l’artiste à 20 h 30, mix VJ/DJ de 21 h à 23 h, fermeture à 23 h 30. Entrée gratuite et ouverte à tous. Événement organisé uniquement le 24 octobre.

Plus d’informations : www.machac.art — Instagram : @RAVERSE90 et @MACHAC_ART.

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