Podium : Yann Moix, sosie d’écrivain

Podium : Yann Moix, sosie d'écrivain
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Yann Moix, né à Nevers [1], sort un livre qu’il a voulu tube, très fort, et qu’il aimerait qu’on consomme, qu’on aime comme il l’a aimé lui, car vraiment c’est une bonne idée que de raconter la vie d’un sosie de Cloclo. Le problème c’est que l’auteur a sur-écrit d’un bout à l’autre son dernier roman, se noyant dans son intrigue-fleuve comme les lecteurs s’y embourberont.

L’Ecole des fans avait son émission télévisuelle ringarde et pathétique, le roman possède aujourd’hui son icône naze et mégalo de littérateur autarcique. Yann Moix par ses syntagmes et son style lourdingue a le don rare de rendre la littérature indigeste. Sur deux cents pages, on avait déjà du mal à le suivre dans ces histoires d’amour ratées à mi-chemin de la folie. A plus de quatre cent on dépasse des sommets. Et on en redescend mal.

L’impatience était sincère pourtant. Un écrivain spécialiste des psychoses de l’enfance, du culte du " moix " et des " private joke " personnels s’attaquant à la kitscherie chansonnière , ça pouvait sembler prometteur. On se prenait à rêver de paillettes, talonnettes et " Claudettes ", mais las : Moix nous offre un ovni littéraire sans consistance, un vague roman qui à vouloir trop démontrer, en a oublié qu’il ne racontait plus rien

La préface lisible sur grasset.fr donne immédiatement le ton, et c’est malheureusement là son rôle. Entre la légendaire légèreté de ses chroniques sur Europe 1 et la grâce de ses courbettes de fin de semaine sur VSD, l’écrivain sourcilleux écrit à Claude François. Il lui parle d’Evelyne Thomas et de Star Academy 1 pour démontrer ce qui n’intéresse déjà plus aucun commentateur depuis Loft Story 1. Histoire de montrer qu’à défaut d’être dans son temps, il n’en est pas très loin. On a l’impression même de se voir commenter dans le désordre un véritable tiercé du just has-been. Moix soudain, c’est de la nostalgie immédiate, une réflexion rapidement réchauffée comme un café de la veille, et l’on se demande bien ce que l’auteur a voulu solder ici, tant on peine à croire qu’il se soit imaginé créer la mode d’un pas en arrière.

Analyser le phénomène des fans était pourtant une bonne idée en théorie mais Moix n’a pas su y installer une distance nécessaire. On sent très nettement à la lecture que monsieur Anissa Corto a jubilé vers le ciel en jetant ses blagues sur le manuscrit. Mais ce plaisir narcissique qui flatte certainement le passé de l’auteur et amuse ses proches oublie de se tourner vers les autres. Le lecteur se sent exclu du show en patte d’éléphants.

N’est pas Audiard qui veut. Cette démonstration, l’apprenti dialoguiste qui espère voir son beau roman, sa belle histoire adaptée au cinéma l’apprend à nos dépends. Yayann et Cloclo sont sur un bateau. L’un y restera. L’autre sans doute pas.

Il paraît qu’Antoine Decaunes veut lui aussi faire un film sur Cloclo et on se dit que lui ou José Garcia ont peut-être plus d’atouts, d’insolence, d’impertinence et de légèreté pour tailler un costard à Monsieur François. Voilà, Rideau

Podium, Yann Moix, (2002) Grasset, 496 pages, 20 euros

le 28/08/2002
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