La princesse du Burundi
Troisième polar du Suédois Kjell Eriksson, La princesse du Burundi [Prinsessan av Burundi] nous plonge de nouveau dans cette littérature policière à la mode nordique si prenante. Son auteur – né en 1953 à Uppsala – s’est vu décerner en 2002 le Prix du meilleur roman policier suédois pour cette bien curieuse princesse du Burundi…
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Synopsis :
Uppsala, décembre 2001. Par un matin d’hiver, un joggeur fait une macabre découverte : un cadavre gît dans la neige, atrocement mutilé. La victime est rapidement identifiée comme étant un ancien fauteur de trouble de la ville, expert en aquarium et poissons tropicaux. Pourquoi a-t-on sauvagement assassiné Petit-John ? Son grand frère est bien décidé à le venger. Il se lance à la recherche du meurtrier, parallèlement à l’enquête de la police, menée par la jeune inspectrice Ann Lindell.
Au-delà d’une intrigue habilement ficelée, Kjell Eriksson nous fait pénétrer dans un univers descriptif - sans être ennuyeux – mettant en scène des personnages en marge d’une société suédoise, pourtant réputée solidaire et efficace. En cela Eriksson, dans ses romans, rejoint les préoccupations de bon nombre d’auteurs scandinaves de polars (psychologiques), comme Arnaldur Indridason. D’ailleurs, ceux qui ont apprécié l’excellent Hiver arctique (1) du romancier islandais pourront sentir dans La princesse du Burundi ce même parfum boréal de petite ville perturbée par un crime inexplicable, jusqu’alors engourdie par l’hiver rigoureux, dans l’attente des fêtes de Noël.
D’emblée, Erikson nous plonge dans l’incertitude, nous suggérant par l’un de ses personnages policiers une problématique sociale insoluble :
« Berglund connaissait les victimes. Elles constituaient un groupe à part dans la société. […] On aurait dit qu’elles assumaient à elles seules une sorte de quota collectif et constituaient une anomalie dans l’univers moyen de la probabilité statistique. » (page 145).
Eriksson a une plume sinueuse et méthodique, offrant une atmosphère à la fois étrange et anxiogène. Le système narratif de La princesse du Burundi prend son temps ! L’auteur du Cercueil de pierre laisse un peu courir ses personnages dingues, qui scient des doigts et pendent des lapins ! Puis un climat lourd et social s’installe avec ses multiples ramifications comme pour mieux appréhender une réalité jugée fugitive, définitivement absurde, voire angoissante.
Poissons décapités, meurtres d’un malade mental en liberté, agressions étranges visant les anciens pensionnaires de l’école de Petit-John … Astucieusement, le romancier suédois sait interrompre ce rythme infernal, surfant sur le terrain du réalisme social, offrant à ses personnages policiers, philosophes malgré eux, prétexte à débattre de thèmes récurrents : le chômage, l’immigration, le travail, le célibat, l’éducation, l’inégalité…
Le suspense est fort habile. La fin du roman nous permet de découvrir la source du désir d’Afrique de Petit-John. Le mystère de La princesse du Burundi est enfin rendu public !
(1) Hiver arctique, Arnaldur Indridason, traduit de l’islandais par Eric Boury, 335 pages, collection Bibliothèque nordique « Noir », éditions Métailié, 2009

La princesse du Burundi, Kjell Eriksson, traduit du suédois par Philippe Bouquet, 352 pages, collection « Gaïa polar », 2009
Prix : 22 euros
Déjà parus chez Gaïa du même auteur : La terre peut bien se fissurer (2007), Le cercueil de pierre (2008)
