Interview de Monseigneur Di Falco

Interview de Monseigneur Di Falco

Mon premier est un bel homme aux cheveux poivre et sel, figure médiatique incontournable de l’Eglise en France qu’on peut appeller Monseigneur ou par son prénom. Ma seconde est une chroniqueuse du Journal Le Mague qui n’a pas sa langue dans sa poche et fait preuve de beaucoup d’audace dans ses entrevues virtuelles. Mon tout est l’interview sans tabou entre un prêtre évoquant sa foi et sa religion dans l’ouverture et la plus grande tolérance, et une jeune femme qui, au-delà du jeu et de la provocation sait poser les bonnes questions. Merci à eux deux pour ce duo d’amour, de partage et de respect. A lire absolument.

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Bonjour, Monseigneur. Je vous avoue que c’est bien la première fois que j’appelle un homme ainsi.
En parcourant votre biographie, j’ai remarqué que vous étiez devenu prêtre relativement tard. Un chagrin d’amour est-il à l’origine de votre vocation ?

Bonjour, si Monseigneur vous dérange, vous pouvez m’appeler par mon prénom. C’est le plus beau de mes titres puisque c’est celui reçu à mon de baptême. Vous savez je pense que Monseigneur a donné Monsieur alors les titres... Pourquoi donc choisir de devenir prêtre par chagrin d’amour ? En ce qui me concerne, c’est non. Au contraire, c’est par amour.

Il est devenu banal de faire son coming-out et même l’abbé Pierre dans son livre Mon Dieu, pourquoi... a avoué avoir eu des relations sexuelles.
Est-ce que ces aveux pourraient nuire à l’Eglise ou au contraire, la faire voir comme une institution qui se veut moderne ?

Ces aveux ne peuvent ni nuire à l’Eglise ni la faire voir comme une institution moderne. Ce n’est pas le problème. La vie de tout être humain est complexe. Malgré les choix qu’il peut faire il lui arrive de ne pas être fidèle, que ce soit dans le mariage, dans le sacerdoce ou dans tout autre relation amoureuse ou amicale. On ne peut juger toute une vie sur les seuls moments d’égarements.


Vous étiez évêque auxiliaire de Paris et vous voici maintenant à Gap ? C’est une punition ?

Pourquoi une punition ? Un évêque ne reste pas toujours évêque auxiliaire et lorsqu’il quitte le diocèse pour un autre, il est envoyé là où un poste est disponible. Votre question est insultante pour les habitants des Hautes alpes. Partout il y a des gens à aimer, à Gap comme à Paris.

Vous avez écrit un livre avec Frédéric Beigbeder, Je crois, moi non plus.
Si lui est connu pour être un écrivain impertinent et un agitateur noctambule, je suis connue sur le Net pour mes textes érotiques.
Est-ce que vos supérieurs ne vont pas être choqués de notre entretien ?
Et d’ailleurs, puisque nous y sommes, à part à Dieu, à qui devez-vous rendre des comptes ?

Je n’ai pas le plaisir de vous connaître mais en dehors d’écrire des textes érotiques sur le Net, ce que j’ignorais, vous êtes une personne et je ne vois pas pourquoi je refuserais de vous répondre lorsque vous vous adressez à moi. Savez-vous que le Christ n’a pas côtoyé que des personnes fidèles à Dieu. Il a même dit qu’il était d’abord venu en ce monde pour celles-là.

Je ne vais pas vous faire l’affront de vous demander si la promotion canapé existe au sein de l’Eglise mais j’aimerais savoir, comment devient-on évêque ?

En effet vous êtes très branchée érotique ! Vous ne voulez pas me faire l’affront de me poser la question mais vous l’avez tout de même fait non ? Comment devient-on évêque ? On demande régulièrement aux évêques de proposer le nom des prêtres qu’ils jugent apte à devenir évêques. A partir de la commence une longue enquête pour savoir si ce prêtre est vraiment fait pour être évêque. Si l’enquête est positive, le dossier part à Rome et sera présenté à une commission de cardinaux qui l’étudieront. Si les résultats sont positifs le dossier est présenté au Pape qui prendra la décision ou non de nommer ce prêtre évêque.

Les vocations à la prêtrise deviennent de plus en plus rares, avez-vous réfléchi à ce qui pourrait attirer du sang neuf ? Des femmes curés ? Des prêtres autorisés à se marier et à avoir des enfants ?

Ce qui pourrait attirer du sang neuf, c’est plus de générosité, plus d’attention aux autres, moins d’égoïsme, d’indifférence. Les solutions au problème sont plus complexes que celles que vous indiquez. Il ne faut pas croire que si demain les prêtres étaient autorisés à se marier il y aurait affluence à la porte des séminaires. Quant aux femmes curés, comme vous dites, je réponds que l’homme n’est pas le modèle de la femme. Si un jour, peu probable, l’Eglise devait faire ce choix je souhaiterais pour les femmes que ce soit en dehors d’une période de pénurie afin que l’on ne dise pas : « Faute de mieux » !

Jésus prônait l’amour et la tolérance. (Moi aussi mais là n’est pas le sujet.) Pourtant, l’Eglise condamne les prêtres homosexuels, non ?
Ce que font entre eux deux adultes consentants ne regarde personne et c’est sûrement moins grave que des actes de pédophilie, vous ne pensez pas ?

Vous tombez dans le piège médiatique, « l’Eglise condamne » où avez-vous vu que l’Eglise condamne ? Elle demande aux prêtres d’avoir une vie en accord avec leurs choix qu’il s’agisse d’hétérosexuel comme de ceux qui ont des penchants homosexuels. Des spécialistes disent que les pulsions homosexuelles sont plus difficiles à contrôler c’est pourquoi l’Eglise fait preuve d’une plus grande prudence. En aucun cas ces personnes ne sont condamnées par je ne sais quel tribunal. Le seul tribunal qui trouve place dans l’Eglise c’est celui de l’amour.

Dieu aime l’Amérique et Georges Bush aime l’Irak au point de l’envahir pour le sauver.
Ce que l’on sait moins par contre, c’est qu’une quinzaine de nouvelles Eglises américaines se sont implantées là-bas en toute discrétion. La guerre va être gagnée à grands coups de Bible assénés par ces prédicateurs ?
L’Histoire nous montre que c’est l’Eglise catholique qui a imposé sa foi dans les pays du monde entier. A l’heure où une loi sur les bienfaits de la colonisation va voir le jour en France, ne pensez-vous pas que chacun a le droit de choisir sa religion sans que d’autres tentent de leur imposer la leur ?

La foi c’est servir Dieu dans nos frères et non se servir de lui pour imposer nos volontés. Tout acte de violence au nom de Dieu est condamnable. L’Eglise dans son histoire n’a pas toujours respecté cela. On ne peut lui faire ce reproche aujourd’hui. Vous avez raison, chacun a le droit de choisir sa religion. C’est comme en amour, il est impossible de contraindre quelqu’un à vous aimer si ce n’est pas le cas. Dieu nous laisse la même liberté.

Mère Térésa était une sainte femme du XXème siècle selon vous, vous lui avez d’ailleurs consacré un livre. Aujourd’hui, quelle est la femme qui pourrait devenir une sainte à vos yeux ? Ou quel est homme...

Il y a les saints que l’Eglise reconnaît et donne en exemple mais il y des milliers de saints qui vivent dans l’ombre et que seuls connaissent ceux qui les approchent. Qui pourrait devenir saint parmi les hommes et les femmes d’aujourd’hui ? Peut-être vous, qui sait ?

Monseigneur, j’ai été ravie de pouvoir vous poser toutes ces questions et avant de vous laisser le mot de la fin, comme il est d’usage sur Le Mague, j’aimerais vous dire que je serais encore plus ravie si, à l’occasion, nous marchions côte à côte pour échanger quelques idées ou pour que vous ayez l’occasion de sauver mon âme, si elle est à sauver et si j’en ai une.

Venez me voir quand vous voudrez, vous serez la bienvenue. Nous pourrons marcher côte à côte dans la montagne, elle est très belle ici. Vous avez certainement des choses à m’apporter et moi j’essayerai de vous faire découvrir de quelle façon vous êtes aimée par quelqu’un que vous ne connaissez peut-être pas : Jésus-Christ.

le 07/02/2006
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3 Messages

  • 11 février 2006 07:17, par BARBARIAN

    C’est Jesus Christ l’homme nature qui te parle ailleurs Madame CaliRise ?
  • 11 février 2006 08:55, par Cali Rise

    Jésus Christ me parlerait ? Je ne suis pas une nouvelle Bernadette. Bon, elle, elle entendait la Vierge.
    Je t’explique mais ailleurs.
  • 27 février 2006 14:35, par Raphaël Zacharie de Izarra

    ( - Les dogmes - )
    L’Homme est sur Terre pour souffrir, payer ses péchés, son pain, son droit de vie. Il doit être élevé à la badine, faire des études très poussées, rébarbatives, soporifiques. Il doit apprendre des choses sèches, austères qui l’édifieront. Il doit étudier l’Histoire, la géographie, l’art hermétique (tchèque, égyptien, inuit, chinois), la linguistique, la politique, la sociologie, la psychanalyse, la philosophie et savoir analyser, discuter, disséquer, faire des thèses complexes sur toutes ces choses savantes dans un français exemplaire. Sa jeunesse doit être laborieuse, studieuse, sinistre.
    A ce prix il s’élèvera.
    Tout en étant initié à ces sciences et arts, il devra s’adonner à d’âpres besognes physiques. Par exemple, creuser des galeries au fond de son jardin (rocailleux de préférence) le matin avant d’aller aux cours à l’Université, construire des puits en pierres savamment taillées le soir après les études, jusque fort tard dans la nuit. Pas de chocolat, ni de chat ou de chien à caresser, ni de rêvasserie, ni de commerce amoureux, ni de jeux de société, ni de plaisirs culinaires, ni de détente champêtre... Du travail, du travail, rien que du travail. Et des nuits de veille, la pensée absorbée dans des manuels universitaires épais, poussiéreux, lourds, incompréhensibles, écrits en très petits caractères et rédigés en latin classique pour endurcir, exercer encore plus son esprit d’étudiant soumis.
    L’homme devenu adulte apprendra le maniement des armes avec abnégation. Il chantera la Patrie, boira l’eau du robinet, mangera du pain républicain, hanté par le désir de se surpasser en tout. Au retour de son service militaire il se mariera avec une femme laide pour lui faire de nombreux enfants. Si la femme est belle alors l’Homme aura de la chance et ce sera tant mieux pour lui. Aussi flatteur soit-il, le sort conjugal ne doit cependant pas lui faire oublier l’essentiel : l’échec est toujours salutaire. Il rend humble.
    Et puisque le dimanche l’Homme (d’une piété irréprochable) ne pourra pas travailler, les six autres jours de la semaine il s’adonnera sans faillir ni broncher à des travaux de force herculéens. Ceux-ci commenceront très tôt le matin pour s’achever longtemps après la tombée du jour.
    L’Homme est sur Terre pour suer. Toutefois, quelle chance !, marié dans les formes strictes de la religion et de la loi devant témoins (avec les balais accrochés derrière le véhicule et la pancarte traditionnelle "Convoi d’anges heureux"), il aura des rapports sexuels complets qui lui donneront une progéniture digne de sa paternité assumée. Si ses enfants sont infirmes, alors le mérite de l’Homme qui les élèvera sera grand. Si ses enfants sont beaux et fort, il pourra être fier de lui, fier de sa vie consacrée au bien général en attendant que la mort l’emporte vers un Panthéon céleste éternellement figé.
    ( - Les faits - )
    L’Homme est sur Terre pour apprendre, s’émerveiller, se libérer dans tous les sens du terme, se destiner à un idéal. Apprendre l’amour, la vie, les arts, les sciences, mais uniquement selon ses préférences, ses capacités, sa sensibilité, ses caprices. Il est sur Terre non pour gagner sa vie en suant le plus possible pour ensuite s’acheter du beurre, du sel, du pain, du poisson, des poireaux, des pommes de terre, bref pour aller faire ses "commissions" le samedi, mais pour lever les yeux au ciel, méditer avec gravité mais non sans joie sur les astres, les arbres, son âme, jouer sur son ordinateur, faire des plaisanteries, ne pas se priver de chocolat.
    L’Homme ne doit pas s’abrutir à des travaux rébarbatifs si les circonstances ne l’y obligent pas. Il rejettera les armes, critiquera l’Histoire, la politique, les classes moyennes, troublera l’ordre établi dès qu’il l’estimera inique. C’est ainsi que l’Homme grandit. Il fuira les femmes laides tout en affichant devant elles une mine suggérant l’intérêt amoureux. Il dissimulera ses sentiments aux laiderons, les dévoilera aux créatures. L’Homme pourra rester un enfant cruel s’il le désire.
    L’Homme a le droit d’avoir des moments de faiblesse. Parce qu’il est doué de sensibilité, l’Homme doit être ménagé. Il a droit à des égards.
    L’Homme est sur Terre pour mener son chemin et monter, s’épanouir, se construire dans la joie, l’équilibre, la santé, et non pas pour faire des provisions avec sa femme le samedi, ni pour construire des puits parfaitement inutiles quand il est jeune le soir après ses cours à l’Université, et surtout pas pour accrocher des balais derrière sa voiture avec la pancarte infamante "Convoi d’anges heureux"...
    L’Homme doit s’affranchir des travaux usants lorsque ceux-ci ne s’avèrent pas nécessaires, il doit sortir de ses galeries sous son jardin et étudier l’art de faire des vers. Ou regarder des livres d’images à la place si ça le chante. Ou dormir, prolonger tant qu’il le voudra ses songes nocturnes.
    Bref, l’Homme n’est pas sur Terre pour suer sottement mais pour s’ouvrir aux merveilles qui l’entourent, s’éveiller à la Vie. Il regardera avec pitié (mais aussi avec charité) les jeunes époux qui accrochent derrière leur voiture de série des balais avec la pancarte crucifiante : "Convoi d’anges heureux".
    Raphaël Zacharie de Izarra