Je ne quitte jamais mon carnet.
On pourrait croire que c’est une habitude.
C’est une nécessité.
Je ne l’emporte pas par peur de manquer d’inspiration.
Je l’emporte parce que les images, les couleurs, les rythmes ne cessent jamais de m’accompagner.
Le monde ne m’envoie pas des idées.
Il m’offre des apparitions.
Une lumière.
Une relation entre deux couleurs.
Une ombre.
Le mouvement d’une branche.
Un reflet sur une vitre.
Une présence fugace qui pourrait disparaître quelques secondes plus tard.
Je ne veux pas retenir ces instants.
Je veux simplement leur offrir une page.
Mon carnet est devenu la forme légère de mon atelier.
Il tient dans un sac.
Mais il me donne une liberté immense.
Je peux répondre immédiatement à ce qui apparaît.
Je n’ai pas besoin d’attendre de rentrer.
Le dessin accompagne la vie au moment même où elle se donne.
Le carnet prolonge mon regard.
Il ne le remplace pas.
Il permet de rester fidèle à ce qui m’a touchée avant que l’instant ne s’efface.
Lorsque je ne dessine pas, les perceptions continuent de se répondre en moi.
Elles ne disparaissent pas.
Elles s’accumulent.
Elles se croisent.
Elles poursuivent silencieusement leur dialogue.
Le carnet leur offre un lieu où elles peuvent enfin se rencontrer.
Chaque page conserve une apparition qui, sans elle, aurait peut-être été emportée par le mouvement du monde.
Je comprends alors que mon atelier ne tient pas dans une pièce.
Il tient dans cette possibilité toujours présente d’ouvrir une page lorsque quelque chose mérite d’être regardé plus longtemps.
Quelques feuilles.
Un crayon.
Une boite d’aquarelle.
Cela suffit.
Parce que ce qui compte n’est pas la taille de l’atelier.
C’est la liberté de répondre au monde lorsqu’il choisit de se révéler.
Mon carnet n’est pas un atelier miniature.
Il est l’endroit où les apparitions trouvent une trace avant de poursuivre leur chemin.
Voir la vidéo sur la chaîne youtube dédiée DESSINER L’ATTENTION : https://www.youtube.com/watch?v=apb62uqg3rw&t=9s
