Je fais comme si tout allait bien.
Je fais semblant.
Je tiens.
Je continue.
Je performe, encore et toujours.
La lumière perd peu à peu sa saveur.
Le monde devient insipide.
Je sens le vide frôler mes pieds.
Je ne suis plus tout à fait avec moi-même.
Quelque chose se dédouble.
Il y a moi.
Et une autre.
Une présence silencieuse.
Elle marche à mes côtés.
Peu à peu, elle prend le visage de ma mère.
Mon visage change.
Mon corps change.
Je maigris malgré tout ce que je mange.
Ce corps ne m’appartient plus tout à fait.
Lorsque je me regarde dans le miroir, c’est son visage que je rencontre.
Sa mémoire me poursuit.
Sa violence demeure.
Une immense tristesse m’envahit.
J’ai le sentiment de disparaître sous le visage qu’elle avait voulu pour moi.
Ma silhouette devient la sienne.
Sans m’en apercevoir, je porte ses vêtements.
Même après sa mort, son désir de me transformer continue d’habiter mon corps.
Je m’efface.
Elle demeure.
