Nous quittons le théâtre.
Quelques minutes de marche nous séparent de l’appartement.
Je suis déboussolée.
Tout est jaune et noir.
Quelque chose tourne à l’intérieur de moi.
Lentement.
Comme une machine qui se met en route.
La nuit est froide.
Les lumières de la ville vacillent.
Les bruits me traversent.
Les sueurs montent.
La nausée arrive.
Mes jambes tremblent.
Je ne sais plus où je suis.
Une douleur fulgurante traverse mon ventre.
Je m’assieds sur le bitume glacé.
Je ne peux plus avancer.
Je sens que je pars.
Je meurs à moi-même.
Je voudrais demander de l’aide.
Les mots ne viennent pas.
Mon corps, lui, parle.
Il hurle.
Je ne contrôle plus rien.
Le silence est toujours là.
Le même.
Celui qui habite mon intérieur depuis toujours.
Celui qui crie sans jamais être entendu.
J’ai appris très tôt à sourire dehors.
À hurler dedans.
Rien ne traverse mon visage.
Tout traverse mes dessins.
Alors mon corps prend le relais.
Il dit ce que je n’ai jamais pu dire.
Il refuse désormais de porter seul ce silence.
Je comprends qu’il ne me trahit pas.
Il tente de me sauver.
Je respire.
Longuement.
La douleur s’apaise.
Nous reprenons la route.
Le monde continue.
Moi aussi.
