Des cercles.
Des matrices.
Des oeufs.
Des ovules.
Mes dessins commencent souvent par des formes qui portent déjà une promesse de vie.
Je ne sais pas vraiment si je dessine une cellule, une fleur, un insecte, un bourgeon ou une planète.
Dans cet espace, les frontières disparaissent.
Le végétal, le floral, l’animal et le cosmique cessent d’être séparés.
Ils appartiennent à une même famille de formes.
Le printemps habite mes feuilles.
Les roses, les violets, les jaunes, les bleus et les fuchsias y composent une saison qui ne s’achève jamais.
Les lignes deviennent des tiges.
Les points ressemblent à des graines.
Les formes rondes attendent leur germination.
Puis apparaissent des passages.
Des ponts.
Des chemins.
Des raccourcis.
Le regard circule comme on traverse un paysage.
Des tortues deviennent roses.
Des citrouilles choisissent le bleu.
Des méduses perdent leurs aiguillons pour devenir presque tendres.
Tout semble étrange.
Et pourtant, tout y trouve sa place.
Peu à peu, la feuille est devenue un potager.
Chaque couleur y est une semence plutôt qu’un simple pigment.
J’y sème des graines de douceur.
Des graines de rondeur.
Des graines de présence.
Chaque pastille colorée est une semence déposée avec patience.
Certaines grandissent immédiatement.
D’autres attendent longtemps avant de révéler leur nécessité.
Lorsque je pose un violet foncé sur un violet plus clair, je ne cherche pas seulement un contraste.
J’aide une couleur à mûrir.
Je lui donne davantage de profondeur, de densité, de présence.
Les couleurs prennent soin les unes des autres.
Et peut-être prennent-elles soin de moi.
Je croyais parfois recouvrir mes obsessions.
Je découvre que je les cultive jusqu’à leur transformation.
Le dessin ne les efface pas.
Il leur offre un territoire où elles peuvent enfin respirer.
Peut-être est-cela, mon travail.
Cultiver, feuille après feuille, un potager où les couleurs apprennent à vivre ensemble.
Et où, silencieusement, j’apprends moi aussi à habiter le monde.
