Une boisson chaude.
Un ciel laiteux.
Le papier a séché.
Sa surface offre une légère résistance.
La mine y glisse avec précision.
Le trait retrouve un chemin que le corps connaît déjà.
Aucune règle.
Aucun compas.
Aucune mesure extérieure.
Les formes circulent d’abord dans l’espace intérieur.
Elles se déplacent,
se rapprochent,
s’éloignent.
Ma main ne les commande pas.
Elle accompagne leur apparition.
Les lignes changent d’épaisseur comme une respiration change d’amplitude.
Les couleurs décident du rythme.
L’une retient le regard.
L’autre le relance.
Le dessin possède sa propre cadence.
Puis le temps cesse de compter.
Le corps oublie le monde ordinaire.
Je ne regarde plus une feuille.
Je marche dans un paysage de lignes, de couleurs et de formes.
Chaque trait ouvre un passage.
Chaque nuance transforme silencieusement l’ensemble.
Le dernier trait n’achève rien.
Il annonce le moment du retour.
Quitter le dessin demande autant d’attention que d’y entrer.
Je range les crayons un à un.
Les jaunes retrouvent les jaunes.
Les verts rejoignent les verts.
Les rouges, les violets, les bleus reprennent leur place.
Mes mains poursuivent encore le dessin en rassemblant les couleurs.
Le souffle ralentit.
Le regard retrouve la pièce.
Les bruits reviennent peu à peu.
Je n’abandonne pas le dessin.
Je l’accompagne jusqu’à son silence.
Alors seulement le monde ordinaire reprend sa place.
Le prochain dessin est déjà présent.
Il ne demande pas encore un geste.
Il demande que le corps retrouve sa force,
que le regard retrouve son calme,
que le temps poursuive son patient travail.
Le dessin ne s’arrête jamais vraiment.
Il change simplement de rythme.
