On lui reproche de réussir. On lui reproche de gagner de l’argent. On lui reproche d’être visible, d’être bon communicant, d’avoir bâti des affaires, d’aimer la lumière, de ne pas jouer les faux modestes. On lui reproche aussi d’avoir refait sa vie avec une femme plus jeune, d’être devenu père à 60 ans, comme si le bonheur devait demander l’autorisation aux commentateurs professionnels de la morale privée.
Soyons clairs : Julien Cohen n’est pas obligé de plaire à tout le monde. Son style peut agacer, son assurance peut déplaire, son goût du commerce peut faire grincer quelques dents. Mais il y a une différence immense entre ne pas aimer un personnage médiatique et s’acharner sur un homme parce qu’il coche toutes les cases du ressentiment français : l’argent, la réussite, l’âge, l’amour, la paternité tardive, l’exposition médiatique. Dans un pays où l’on aime souvent les entrepreneurs une fois ruinés et les artistes une fois morts, Julien Cohen a le tort suprême d’être vivant, actif, bavard, populaire et encore en mouvement.
Il faut aussi nommer ce qui doit l’être. Quand un homme juif qui réussit devient la cible de haines, de sous-entendus, de soupçons automatiques, il serait hypocrite de faire comme si l’antisémitisme n’existait pas. Il avance parfois masqué derrière la jalousie sociale, derrière la critique de l’argent, derrière la moquerie facile, derrière l’idée que sa réussite serait forcément suspecte. Mais le vieux logiciel est là : dès qu’un juif réussit, certains ne voient plus un parcours, du travail, du risque, du flair, des années d’efforts. Ils voient un fantasme. Et ce fantasme-là n’est pas une opinion. C’est une saleté ancienne, toujours prête à ressortir sous des habits neufs.
Julien Cohen a pourtant quelque chose de profondément sympathique : il n’a jamais vendu l’image d’un saint. Il est commerçant, entrepreneur, brocanteur, homme de télévision, homme de projets. Il aime convaincre, raconter, mettre en scène les objets et les histoires. Il a compris avant beaucoup d’autres que la brocante n’était pas seulement une affaire de meubles, de tableaux et de bibelots, mais une affaire de récit. Un objet ne vaut jamais uniquement par sa matière. Il vaut par ce qu’on voit en lui, par la façon dont on le défend, par l’énergie qu’on met à le faire exister. Sur ce terrain, Cohen est redoutable. Et c’est peut-être cela qui dérange : il sait parler, vendre, sourire, rebondir. Il sait occuper l’espace.
Quant à sa paternité à 60 ans, pourquoi faudrait-il la transformer en procès ? On peut discuter de tout, bien sûr. Mais il y a quelque chose d’indécent à commenter la naissance d’un enfant comme s’il s’agissait d’un dossier administratif. Un homme devient père. Une petite fille arrive au monde. Une famille se construit autrement. Ce n’est pas un scandale, c’est une vie. Et la vie, heureusement, ne respecte pas toujours le calendrier sec des donneurs de leçons.
Ce qui frappe dans les attaques contre Julien Cohen, c’est leur manque d’élégance. Elles ne discutent pas vraiment son travail. Elles visent son apparence, son argent, son couple, son âge, son identité. Elles cherchent moins à comprendre qu’à rabaisser. Or il faut parfois avoir le courage de soutenir les gens que la foule trouve trop visibles. La solidarité n’est pas réservée aux figures discrètes, pauvres ou silencieuses. On peut être fort et avoir besoin d’être défendu. On peut être riche et subir une haine injuste. On peut sourire à la télévision et recevoir des coups invisibles.
Alors oui, soutien à Julien Cohen. Soutien à l’entrepreneur qui prend des risques. Soutien au brocanteur qui a rendu populaire un univers que beaucoup regardaient de loin. Soutien à l’homme qui communique avec talent, même quand cela agace. Soutien au père qui accueille un enfant à un âge où d’autres se contentent de juger depuis leur canapé. Et soutien, surtout, à celui qui refuse de baisser la tête face aux remarques antisémites, aux jalousies déguisées et aux procès permanents.
On peut ne pas aimer Julien Cohen. On peut ne pas aimer son style, ses lunettes, sa manière de parler, son rapport à l’argent ou sa présence médiatique. Mais on devrait au moins reconnaître ceci : il a construit quelque chose. Il travaille. Il ose. Il recommence. Il aime. Il devient père. Il reste debout. Et dans une époque qui adore salir ceux qui dépassent, cela mérite mieux que des sarcasmes. Cela mérite, au minimum, un peu d’affection, de respect et de solidarité.
