Culture

La Minute internationale des odeurs : le 10 juin à 10 h 06, le monde est invité à respirer autrement

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →
La Minute internationale des odeurs : le 10 juin à 10 h 06, le monde est invité à respirer autrement

Le 10 juin à 10 h 06, il ne s’agira pas de regarder son téléphone, de courir vers un rendez-vous ou de consommer une information de plus. Il s’agira simplement de s’arrêter, une minute, et de sentir. Avec la troisième édition de La Minute internationale des odeurs, Atmo France, en partenariat avec Atmo Normandie, invite chacun, partout dans le monde, à renouer avec un sens souvent relégué au second plan : l’odorat. Un sens discret, parfois méprisé, mais pourtant capable de réveiller une mémoire, de faire surgir une émotion, de signaler un danger ou de rattacher un être à un lieu.

Annonce
🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

Le principe est d’une simplicité presque enfantine, et c’est justement ce qui fait sa force. Le mercredi 10 juin, à 10 h 06, les participants sont invités à sortir, à laisser leur nez explorer le monde, puis à identifier une odeur autour d’eux. Une odeur agréable ou désagréable, familière ou inconnue, urbaine, végétale, domestique, industrielle, intime ou collective. Ensuite, il leur est demandé de décrire leur ressenti sur un carton bristol ou une feuille libre de format 10 x 15 cm : sensation, émotion, souvenir, trouble, association d’idées. Au dos, ils peuvent indiquer leur prénom, leur âge et le lieu de l’observation, avant d’envoyer leur contribution à Atmo Normandie, à Rouen.

Derrière ce geste minuscule se cache une idée beaucoup plus vaste : redonner aux odeurs une place dans notre manière d’habiter le monde. Car nous vivons dans des sociétés saturées d’images, d’écrans, de sons, de discours, mais nous parlons finalement assez peu de ce que nous sentons. L’odorat est pourtant l’un des sens les plus puissants pour nous relier à la mémoire, aux émotions, au désir, à l’environnement. Une odeur peut ramener une enfance entière en une seconde. Elle peut rassurer, inquiéter, dégoûter, attirer, alerter. Elle dit quelque chose du monde avant même que les mots ne s’en emparent.

Cette édition 2026 aura pour grande cause les patrimoines olfactifs. Après la pédagogie des odeurs à l’école en 2024 et l’anosmie chez l’enfant en 2025, La Minute internationale des odeurs s’intéresse cette année à ce que les odeurs racontent de nos territoires, de nos souvenirs communs, de nos villes, de nos campagnes, de nos métiers, de nos habitudes et de nos paysages sensibles. Car un patrimoine n’est pas seulement fait de pierres, de monuments ou d’archives. Il est aussi composé d’atmosphères, de traces invisibles, de parfums modestes, d’odeurs de pluie, de bois, de mer, de boulangerie, de cave, de jardin, d’usine, de marché, de métro ou de linge propre.

L’événement prendra aussi une forme concrète à Paris, au Jardin des plantes, dans le 5e arrondissement, près de l’entrée des serres, à l’angle des allées des Becquerel et Edmond Perrier. De 9 h 16 à 10 h 26, cette action sensorielle et poétique se déroulera en présence de Marc-André Selosse, biologiste, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle et parrain de cette troisième édition, ainsi que de Mathieu Simonet, écrivain et initiateur de La Minute internationale des odeurs. Catherine Hervieu, présidente d’Atmo France, et Éléonore Mandel, directrice d’Atmo Normandie, seront également présentes.

Le choix de Marc-André Selosse comme parrain n’a rien d’anecdotique. Spécialiste des champignons et des relations invisibles entre les êtres vivants, il incarne parfaitement cette attention au monde que l’événement cherche à réveiller. Les odeurs appartiennent à cet univers du presque imperceptible qui structure pourtant notre rapport au vivant. Elles circulent, elles signalent, elles relient. Elles sont une langue sans alphabet, mais pas sans mémoire.

La Minute internationale des odeurs n’est donc pas seulement une opération poétique. Elle possède aussi une dimension politique et sanitaire. Selon la loi sur l’air, les nuisances olfactives excessives font partie de la pollution de l’air. Certaines molécules responsables d’odeurs peuvent être toxiques, mais même lorsqu’elles ne le sont pas directement, les nuisances odorantes peuvent provoquer de véritables effets sur le corps : nausées, maux de tête, perte d’appétit, stress. Sentir, ce n’est pas seulement éprouver une impression vague. C’est recevoir une information sur son environnement, parfois douce, parfois brutale.

À l’inverse, exercer son odorat peut aussi avoir des effets bénéfiques. L’attention portée aux odeurs stimule la mémoire, la concentration, le lien à l’environnement et la présence au monde. Dans une époque où l’on demande sans cesse à l’homme d’aller plus vite, de produire plus, de regarder plus, cette minute consacrée à l’odorat ressemble à un acte de résistance sensible. Une façon de dire que le réel ne se réduit pas à ce qui se voit, se mesure ou se publie.

Les bristols recueillis lors de cette troisième édition seront exposés à l’Université Le Havre Normandie du 24 au 27 septembre, à l’occasion de l’événement scientifique Sur les Épaules des Géants. Des fragments d’odeurs deviendront ainsi des fragments d’histoires. Des impressions personnelles formeront une cartographie collective de l’invisible. Et peut-être qu’en lisant ces cartons, on comprendra mieux ce que les odeurs disent de nous : nos peurs, nos attachements, nos enfances, nos villes, nos manques, nos désirs.

Le 10 juin à 10 h 06, il suffira donc d’une minute. Une seule. Fermer un peu les yeux, respirer, accueillir ce qui vient. Puis écrire. Ce n’est pas grand-chose, dira-t-on. C’est peut-être justement pour cela que c’est important.

Annonce
💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier le lien Envoyer par mail
Annonce
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

Les plus lus en ce moment