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James Blood Ulmer est mort : hommage à un guitariste libre, entre jazz, blues et feu intérieur

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James Blood Ulmer est mort : hommage à un guitariste libre, entre jazz, blues et feu intérieur

James Blood Ulmer vient de nous quitter et, avec lui, c’est une certaine idée de la guitare qui disparaît : une guitare indocile, nerveuse, cabossée, libre jusqu’à l’inconfort. Il n’était pas de ces musiciens qui cherchent à plaire en arrondissant les angles. Chez lui, la note semblait toujours sortir d’une blessure, d’une rue, d’un cri ancien, d’un blues qui aurait traversé le jazz pour rejoindre quelque chose de plus sauvage encore.

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Né Willie James Ulmer en Caroline du Sud en 1940, James Blood Ulmer aura passé sa vie à brouiller les frontières. Jazz, blues, funk, rock, free music : il ne choisissait pas vraiment entre les familles musicales, il les forçait à cohabiter dans le même corps électrique. Sa guitare ne décorait pas la musique, elle la mettait en danger. Elle râpait, grondait, déchirait, repartait de travers, comme si chaque morceau devait être arraché au silence plutôt qu’interprété poliment.

Sa rencontre avec Ornette Coleman fut décisive. Coleman lui transmit cette pensée harmolodique où la musique cesse d’obéir aux hiérarchies classiques pour devenir un espace de liberté totale. Ulmer en fera une langue personnelle, reconnaissable entre toutes : une manière de jouer où la dissonance n’est pas une erreur, mais une vérité plus profonde. Il y avait chez lui quelque chose de Jimi Hendrix, non dans l’imitation, mais dans cette même façon de faire de la guitare un instrument presque physique, traversé par l’électricité, le vertige et la transe.

Des albums comme Tales of Captain Black, Are You Glad to Be in America ?, Free Lancing, Black Rock ou Odyssey restent comme les traces d’un musicien qui n’a jamais voulu entrer docilement dans une case. Il pouvait sonner blues sans être passéiste, jazz sans être académique, rock sans chercher l’effet facile. Sa voix, rugueuse et habitée, portait la même vérité que son jeu : celle d’un homme qui ne chantait pas pour séduire, mais pour témoigner.

James Blood Ulmer appartenait à cette famille rare d’artistes qui ne demandent pas la permission. Il avançait avec son feu, ses ruptures, ses fulgurances, son refus des musiques bien rangées. Il n’a peut-être jamais été une star au sens commercial du terme, mais il fut quelque chose de plus précieux : un repère pour ceux qui pensent que l’art doit rester une zone de risque.

Sa mort rappelle que les grands musiciens ne disparaissent jamais tout à fait. Ils laissent une vibration. Une manière de désobéir. Une permission donnée aux autres de chercher leur propre son, même s’il dérange, même s’il échappe, même s’il ne ressemble à rien de connu.

James Blood Ulmer s’en va, mais sa guitare continue de grincer quelque part entre le blues des origines et le futur du jazz. Et c’est peut-être là qu’il faut le saluer : non comme un musicien du passé, mais comme un homme qui aura passé sa vie à jouer en avant.

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