Art of Juliette

Créer pour rester vivante.

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Créer pour rester vivante.

Un texte sur le choix de la beauté, de la culture, de la pensée et de la création face à ce qui rapetisse la vie. C’est le récit d’une fidélité à soi-même, d’un refus de se trahir pour appartenir, et d’une décision d’avancer sur un chemin plus libre, plus exigeant et plus vivant. La création y apparaît comme une réponse essentielle au monde, une manière de transformer les blessures en mouvement et de continuer à faire circuler la vie.

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Je veux des lignes droites.

Pas parfaites.
Les lignes parfaites me laissent froide.

Je veux des lignes qui ont traversé quelque chose.

Qui portent encore la mémoire du feu sans avoir renoncé à la lumière.

Je veux du vert.

Du rose.
Du rouge.

J’ai besoin des couleurs.
J’ai besoin de ce qui pousse.

De ce qui fleurit.
De ce qui saigne parfois et continue pourtant de vivre.

Je veux de l’art.

Je veux les voyages intérieurs.
Je veux les paysages que personne ne voit et qui changent pourtant toute une existence.
Je veux de la culture.
Je veux élever mon esprit et travailler mon corps.

Je veux lire.
Je veux comprendre.
Je veux sentir mes muscles répondre à la vie.
Je veux une intelligence incarnée.

Une pensée qui marche.
Une pensée qui respire.

Je veux prendre soin de ma vie.

De la vie.

De cette chose fragile et immense qui circule dans les arbres, dans les livres, dans les corps, dans les regards.

Je veux une nourriture intellectuelle.

Une nourriture sensible.
Une nourriture spirituelle.

Je ne veux plus de ce qui appauvrit.
Je ne veux plus de ce qui rapetisse.
Je ne veux plus de ce qui dessèche.

J’ai choisi mon chemin.
Je ne sais pas où il mène.
Je sais seulement reconnaître sa lumière.

On montre du doigt.
On hue.
On réduit.
On simplifie.

Je connais ce bruit.

Il résonne parfois encore.

Comme une vieille porte dans une maison que j’ai quittée depuis longtemps.

Je ne vis plus là.
Je quitte la marmite.

La puanteur.
La noirceur.
Les mauvaises odeurs.

Je quitte les lieux où l’âme manque d’air.
Je quitte les espaces où l’on confond profondeur et gravité, intelligence et domination, force et dureté.

Je laisse cela derrière moi.

Que le vent souffle.

Qu’il traverse les pièces fermées.
Qu’il emporte les cendres.
Qu’il nettoie les vitres.
Qu’il fasse de la place.

Ma liberté est peut-être très simple.

Elle consiste à ne pas accepter ce qui abîme la vie en moi.

À ne pas confondre fidélité et renoncement.
À ne plus me trahir pour appartenir.

Je marche sur un autre chemin.

Un chemin plus vivant.

Plus vaste.
Plus respirable.

Un chemin où la beauté n’est pas un luxe.
Un chemin où la beauté est une nécessité.

Alors je continue.

Avec le vert.
Avec le rose.
Avec le rouge.

Avec les livres.
Avec les muscles.
Avec les questions.
Avec les blessures transformées.

Et ma réponse demeure la même.

Depuis toujours.

Créer.

Créer avec les mots.
Créer avec les couleurs.
Créer avec ce qui tombe.
Créer avec ce qui renaît.

Créer parce que c’est ainsi que je reconnais la vie lorsqu’elle passe à travers moi.

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