Sept ans après la mort de Jeffrey Epstein, l’affaire continue de livrer ses secrets. Cette fois, ce n’est ni un carnet d’adresses compromettant, ni une photographie embarrassante, ni le témoignage d’une victime qui surgit des archives américaines, mais un simple morceau de papier couvert de quelques lignes manuscrites. Un document qui aurait été découvert par son ancien codétenu, Nicholas Tartaglione, au cours de l’été 2019, quelques semaines avant que le financier américain ne soit retrouvé mort dans sa cellule du Metropolitan Correctional Center de Manhattan, le 10 août 2019.
Le 6 mai 2026, le juge fédéral Kenneth Karas a ordonné la publication de cette note, jusqu’alors conservée sous scellés dans une procédure judiciaire concernant Tartaglione. La décision faisait suite à une demande du New York Times. Le document existe donc bel et bien. Ce qui demeure incertain, en revanche, c’est l’identité de celui qui l’a écrit.
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Selon Nicholas Tartaglione, ancien policier condamné pour quatre meurtres, le document se trouvait à l’intérieur d’un livre, dans la cellule qu’il partageait avec Epstein. Il affirme l’avoir découvert après les événements du 23 juillet 2019, lorsque son codétenu avait été retrouvé au sol, avec un morceau de drap autour du cou. Epstein avait alors été placé sous surveillance antisuicide avant d’être transféré dans une autre cellule. Tartaglione, accusé dans un premier temps par Epstein de l’avoir agressé, a toujours contesté cette version. Il aurait remis la note à ses avocats pour étayer sa défense.
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Mais que dit exactement ce mystérieux message ? Quelques phrases, écrites d’une main rapide sur une feuille de bloc-notes. L’auteur s’y plaint des investigations menées contre lui, affirme que les enquêteurs n’ont rien trouvé et évoque la possibilité de choisir lui-même le moment de ses adieux. Le texte s’achève sur une expression brutale : « Pas drôle. Ça n’en vaut pas la peine ! » Ces mots ressemblent à ceux d’un homme désespéré, mais rien ne permet d’affirmer qu’ils constituent véritablement une lettre de suicide.
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Le document manuscrit rendu public le 6 mai 2026. Source : tribunal fédéral du district sud de New York, via ABC News.
L’affaire prend une dimension supplémentaire lorsque l’Associated Press demande à trois spécialistes de l’écriture d’examiner cette note et de la comparer à un second document découvert dans la cellule d’Epstein après sa mort. Les conclusions sont intéressantes : les experts considèrent que les deux textes ont très probablement été rédigés par une seule et même personne. Ils relèvent des similitudes dans la formation des lettres, la ponctuation, l’espacement des mots et certaines expressions répétées. L’un des experts écarte Nicholas Tartaglione comme auteur, tandis qu’un autre refuse de l’exclure sans examen complémentaire. Aucun ne peut attribuer formellement les écrits à Epstein, faute de suffisamment d’échantillons authentifiés de son écriture.
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Autre détail troublant : une expression figurant dans la note avait déjà été employée par Epstein dans plusieurs courriels privés, en référence à un ancien film comique américain. Cette concordance renforce l’intérêt du document sans constituer une preuve définitive de son authenticité.
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Il reste aussi une question importante : pourquoi cette lettre n’a-t-elle pas été intégrée aux millions de documents rendus publics par le département américain de la Justice ? Le ministère a déclaré en mai 2026 qu’il découvrait lui aussi cette pièce, laquelle était conservée sous scellés dans une procédure distincte. Son existence avait pourtant été signalée dans une chronologie des événements figurant parmi les dossiers Epstein. Les avocats de Tartaglione l’avaient présentée au tribunal, mais les règles de confidentialité entourant cette procédure avaient limité sa circulation.
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Quant à la mort de Jeffrey Epstein, la conclusion officielle reste celle d’un suicide par pendaison. Le rapport publié en juin 2023 par l’inspection générale du ministère américain de la Justice avait toutefois établi de graves défaillances du personnel pénitentiaire : absence de rondes réglementaires, documents de surveillance falsifiés, consignes de sécurité non respectées et maintien du détenu seul dans sa cellule malgré les précautions recommandées. L’enquête du FBI n’avait pas établi d’intervention criminelle dans sa mort.
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Cette note change-t-elle quelque chose ? Elle pourrait contribuer à mieux comprendre l’état d’esprit d’Epstein durant ses dernières semaines, si son authenticité était démontrée. Elle ne prouve ni qu’il avait définitivement décidé de mettre fin à ses jours, ni, à l’inverse, qu’il aurait été assassiné.
C’est peut-être là que réside le véritable intérêt de cette découverte. Dans une affaire saturée de documents, de dissimulations présumées, d’erreurs institutionnelles et de spéculations, une feuille manuscrite peut devenir une pièce importante sans pour autant résoudre le mystère. Sept ans après la mort d’Epstein, il est toujours nécessaire de distinguer ce que les archives établissent de ce qu’on aimerait leur faire dire.
Et cette lettre, aussi troublante soit-elle, n’a pas encore livré la seule réponse qui permettrait d’en mesurer toute la portée : qui l’a réellement écrite ?





