Mobilisons-nous pour Sauver "Les Insurgés"

Mobilisons-nous pour Sauver "Les Insurgés"

Pour les amateurs du genre et pour ceux que les images en provenance de la bande de Gaza n’ont pas encore dégoûté, sort en salle un film fort opportunément débiné par la critique, en toute bonne conscience. Les Insurgés retrace l’épopée d’un maquis juif dans les forêts d’Europe du Nord en 1941, en offrant contre toute attente le visage de la résistance face au rouleau compresseur nazi dans le fol espoir de vivre libre et sur la terre qui a vu naître ses partisans.

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Tournée par le réalisateur de Légendes d’Automne et Blood Diamond, cette fresque historique et guerrière se propose de porter un regard neuf sur la 2ème Guerre Mondiale, et raconte un épisode méconnu de la résistance à l’oppression nazie. Servi par une abondante documentation historique, un souci du réel qui a contraint l’équipe à reconstruire pierre après pierre le décor avec les outils et les matériaux de l’époque, Edward Zwick a fait appel à Daniel Craig — Casino Royale et Quantum of Solace, les 2 derniers James Bond —, Jamie Bell — Mémoires de nos Pères, King Kong — et Liev Schreiber, dont la renommée en tant qu’acteur de théâtre est incontestable.

Petite entorse au réalisme quasi-maniaque du cinéaste, le tournage a été effectué en Lituanie, dans la région de Vilnius, au lieu de se produire en Biélorussie, où les événements se sont effectivement déroulés. Pour Edward Zwick, l’image que nous avons de l’Holocauste est celle d’une implacable persécution qui n’a laissé aucune chance aux juifs. C’est évidemment ce qui s’est passé en Europe, mais je crois qu’il faut aussi avoir un regard plus précis sur cette notion, comprendre qu’il existe une différence entre la passivité et l’impuissance, et savoir que certaines personnes ont eu la farouche volonté de résister aux assassins du IIIème Reich.

Rompant le pacte Molotov-Ribbentropp, l’armée allemande envahit l’Europe centrale le 22 juin 1941 et impose le joug nazi sur les peuples slaves et allogènes, qui subissent après un tri sélectif, chacun leur part de malheur. Refusant de disparaître ou de déposer les armes, les frères Bielski se réfugient dans la forêt toute proche, où ils ont vécu leurs premières grandes aventures imaginaires d’enfant. Ils s’organisent et recueillent des centaines de proscrits, comme eux, pour former le noyau d’un maquis au cœur de l’Europe occupée. Ils ont fini contre vents et marées par sauver un millier de vies humaines.

Edward Zwick renoue ainsi avec la propagande des valeurs morales qui ont fait tout le sel — et parfois l’ânerie — du cinéma hollywoodien des années cinquante et soixante, mais aussi avec les contributions incontournables de Stanley Kubrick ou de Francis Coppola. Les amateurs du grand écran devraient se régaler.

L’histoire est singulière et le traitement qu’en fait Edward Zwick reste volontairement académique. Paysages sylvestres somptueux, scènes de genre à couper le souffle, le soin apporté à la qualité de la lumière restitue une impression de réalisme presque documentaire. Autant dire que cette histoire aurait été mieux accueillie en plein été, lorsque les critiques de cinéma auraient trouvé du meilleur goût cette glaçante tension dramatique… Mais au milieu de l’hiver ! C’est pourquoi les plumitifs de nos gazettes sont tombés à bras raccourcis sur ce film de guerre.

À moins qu’il s’agisse de la coïncidence avec les événements dramatiques au Proche-Orient, ils n’ont pas apprécié ce vibrant plaidoyer pour l’insoumission et le refus du renoncement. En regardant les aventures de ces héros juifs qui n’ont pas accepté d’être entraînés vers les camps de la mort comme du bétail, nous sommes loin des images empreintes de compassion dont nous ont ressassé les doctrinaires de la Shoah ! Mais l’exemple donné par un homme debout n’est-il pas aussi agréable à voir ?

 

 


Dans les forêts du Nord, ou même un peu partout,
La traque a commencé pour les canards sauvages,
Ils n’ont pas d’autre choix que de fuir les rivages
Qui sont les leurs, et dont ils sont chassés surtout.

Les agresseurs, d’ailleurs, ne leur ont pas dit out
Quand ils les ont aidés dans leur goût des clivages
Pour se donner un bon prétexte aux vrais ravages :
Mais la passion d’y vivre est bien leur seul atout !

Et les plus forts font fi de nos nombreux messages
Car ils n’ont de valeur que pour les enfants sages :
Leur guerre est juste et ils vont la mener au mieux.

Pour les proscrits, le choix porte un double visage,
Disparaître aux regards et d’un front calomnieux
Ou se battre à tous crins malgré le moindre usage.

 

le 14/01/2009
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