200 !

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Le compteur du logiciel est formel. Avec ce papier, j’ai mis deux cents articles en ligne sur Le Mague. Ça mérite un petit flash back et un joli coup de chapeau à Frédéric Vignale, fondateur d’un webzine unique.

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J’ai découvert Le Mague durant l’été 2005 en m’abonnant aux Alertes Actualités Google sur les mots « libertaire » et « anarchiste ». Plusieurs articles sont rapidement venus du Mague. « Heu, Le Mague, kézako ? » Après une brève exploration, j’ai contacté le maître des lieux pour lui envoyer mon petit roman noir et rouge, Dansons la Ravachole !. Le 23 août, un bel article était en ligne. Dans la foulée, j’ai proposé quelques papiers. Le premier, le 26 août 2005, commentait le livre Paroles anticléricales publié par les éditions Libertaires. Le ton était donné. 199 articles ont suivi. Deux cents papiers, c’est rien comparé aux mille et plus d’un Frédéric Vignale ou aux quatre cents quatre vingt et des brouettes d’un Philippe Gras, mais un petit break s’impose.

Cela fait un paquet d’année que je suis journaliste au Havre, pour le meilleur… et pour le pire. J’ai bossé dans divers canards (groupe Hersant, presse territoriale…). Depuis plus longtemps encore, j’écris pour des titres de la presse militante. Jamais je n’ai croisé un OVNI comme Le Mague. Véritable auberge espagnole, Le Mague n’a aucune ligne éditoriale. On peut y lire tout et son contraire. On y croise du très bon… et du moins bon. Le people côtoie des chroniques pointues. La légèreté se marie avec des papiers de fond. Là-dessus, Frédéric Vignale, réalisant le rêve de tout patron de presse, arrive à faire bosser totalement gratos toute une brochette de collaborateurs/trices aussi imprévisibles que fidèles. En effet, personne ne peut savoir de quoi Le Mague sera fait demain. Les papiers pleuvent spontanément sans crier gare. Pas de sujets ou d’angles imposés, pas de calibrage des textes, pas d’heure de bouclage. Free style à tous les étages.

Si, comme partout ailleurs, le sexe et la mort font recette sur Le Mague, les lecteurs peuvent aussi parfois plébisciter d’autres types d’articles. J’ai ainsi eu la surprise de voir plusieurs de mes papiers, pas spécialement « fun », percer dans le Top 10… en compagnie d’articles sur le bondage ou la sodomie. Marrant. Au risque de passer pour quelqu’un de très chiant sur Le Mague, je me suis « spécialisé » dans les sujets ignorés ou très mal traités dans les grands médias. Sujets plus ou moins « underground », décalés ou « ultra-anarcho-autonomes », papiers sur des artistes peu connus ou inconnus, sur des livres militants vitaminés, sur des luttes pas ou peu suivies que j’aborde toujours très librement sans jamais subir le moindre coup de ciseaux. En ces temps de censure, d’autocensure, de renoncements, de capitulations et de lâchetés, cher monsieur Vignale, chapeau !

À l’évidence, les auteurs du Mague forment une famille très hétéroclite. Il faut les talents de magicien de Frédéric Vignale pour faire cohabiter virtuellement ce petit monde qui ne tiendrait peut-être pas longtemps dans la même pièce ! Sans vouloir me vanter, j’ai eu la chance de rencontrer le « patron » du Mague lors du dernier salon du livre libertaire de Paris où rodaient également l’indispensable Edouardo et la bien mystérieuse Justine Miso. Il est impossible d’entretenir des liens avec tous les auteurs du Mague, mais je suis heureux d’échanger de temps en temps tuyaux et conseils avec quelques-uns d’entre eux, comme Philippe Gras (le poète qui fait rimer l’actualité) ou Franck dit Bart (La Singette qui en jette). Enfin, étant du genre partageux, je n’ai pas hésité à « parrainer » des auteurs aussi divers que Jean-Marc Raynaud, Suzanne Weber, PAF ou Stéphanie Pouteau. J’essaie d’en convaincre d’autres pour qu’ils osent goûter de temps en temps aux joies de ce webzine pas comme les autres.

Quand on met un article sur Le Mague, c’est un peu comme jeter une bouteille à la mer. Parfois, personne ne se manifeste. Parfois, des échanges naissent avec les personnes concernées ou avec des lecteurs/trices qui réagissent dans les commentaires ou en « off » sur la messagerie des auteurs. Ainsi, outre des échanges sympathiques avec des gens aussi différents qu’Agnès Bihl ou Jann-Marc Rouillan, il m’est arrivé de correspondre avec la fille de Wilhelm Spira (alias Bil Spira, alias Bil Freier) suite à mon papier sur Varian Fry ou avec tel ou tel écrivain, éditeur, artiste, journaliste, association ou groupe d’activistes écolos, athées, syndicalistes… auparavant totalement inconnus.

Les lecteurs/trices normands ne sont pas les derniers à se manifester, parfois de vive voix, suite à des papiers sur les luttes anti-centrales au charbon, anti-port méthanier, pour la défense de l’hôpital du Havre, contre la casse chez Renault-Sandouville, ou sur des initiatives culturelles originales de la région. Ce qui me laisse penser que, face à une presse locale à bout de souffle, Le Mague a une carte à jouer, au Havre comme sans doute ailleurs. Sans négliger le reste du monde ! Parce que Le Mague est lu par une foule de gens. J’en veux pour preuve les évasions régulières de mes papiers vers toutes sortes de sites et de blogs. « Emprunts » parfois sauvages, parfois polis. Tout le monde n’a pas la délicatesse d’Evil Preacher qui m’a demandé récemment l’autorisation de traduire mes papiers anti-pape en espagnol pour son blog El Predicador malvado. Même les « vrais » journalistes épient Le Mague. J’ai entendu un jour un extrait de mon papier sur les coulisses de la coupe du monde de football dans la revue de presse de France Inter !

Il arrive que des « purs et durs » me demandent ce qu’un anar comme moi fait sur Le Mague, un truc plein de publicités qui peut parler des starlettes de la télé et de choses bien frivoles. Contrairement à certains de mes petits camarades, je fais le choix de ne pas écrire que pour des médias alternatifs. Si j’écris souvent pour Le Monde libertaire et autres feuilles rebelles, je n’ai aucune envie de m’adresser qu’à des militant-e-s convaincu-e-s. Le monde réel, avec des gens qui ne pensent pas comme moi, titille ma curiosité et mon envie de partages, même s’ils peuvent être parfois « vifs ». Comme disait Fernand, le vieil anar de Dansons la Ravachole !, « il y a de la place pour plusieurs mondes dans le monde que nous voulons. »

Merci à Frédéric Vignale, merci aussi aux lecteurs zé aux lectrices. Restez vivants, ne vous laissez pas ratiboiser par la Police de la Pensée.

Photo Isabelle Seckinger-Juswin (Frédéric Vignale et mézigue au salon du livre libertaire de Paris le 31 mai 2008).

le 20/11/2008
Impression

4 Messages

  • 20 novembre 2008 19:31

    Longue vie au mag et bravo à toi !
    Denis
  • 20 novembre 2008 20:39

    Tant de plaisir à te lire.
    Je confirme tes dires, les anars actuels ne sont pas tous exsangues d’œillères. Peuvent mieux faire et écrire avec la craie de la liberté sur leur tableau noir : la constipation c’est la lutte des classes sans dieu ni maître.
    Je ne dis surtout pas cela pour toi qui as prouvé tout le contraire. Puisque tout ce que tu dis du Mague et de ses rencontres improbables dans la jungle des villes, grâce à la finesse et la culture tous azimuts de son cher rédacteur Frédéric Vignale, c’est une épopée glorieuse aux libertés de penser, d’agir, de remuer son sens critique, sa clique et de rabattre le caquet à sa chique.
    Le Mague c’est l’Unique, pour paraphraser un philosophe libertaire pas terre à terre. Au plaisir toujours.
    On reste en contact mon cher Paco et encore et toujours un grand bravo et un merci fraternel pour l’ensemble de tes textes portés avec force et conviction sur l’écran du Mague, un magazine véritablement libre sans toile de fond à la gueule du bois vermoulue, pendant que le méchant loup n’y est pas.
    « Dansons la Ravachol » avec toi Paco, avec l’entrain et l’enthousiasme dans la richesse de nos différences.
    Et déjà, tu enclenches ton texte, au compteur numéro 201.
    Fraternité dans la bonne humeur de la part de la Singette Missdinguette
  • 21 novembre 2008 00:50, par Justine Miso.

    Félicitations Paco.
  • 21 novembre 2009 16:15, par spira simone

    Paco, je viens de voir votre article, c’est sympa, je vais essayer de vous mettre un autoportrait de mon père lorsqu’il faisait des décors pour le théatre parisien ABC ; tant pis, ça ne fonctonne pas ?
    Cordialement,
    Simone SPIRA