David Abiker : "En littérature, j’ai inventé un genre bâtard" .
Né en 1969 à Suresnes et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, David Abiker est devenu en quelques années une figure bien connue des Médias grâce à ses chroniques pertinentes à "Arrêt sur images" sur France 5 et ses papiers drolatiques dans la presse masculine et féminine.
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En deux livres, David Abiker a prouvé qu’il était un expérimentateur des lettres avec lequel il fallait compter, "Le musée de l’Homme" et "Le Mur des lamentations" sont deux petits bijoux qui décortiquent le monde moderne avec un grand sens de la dérision et un oeil pour le moins original. Plongez dans la cosmogonie abikérienne c’est faire un voyage jubilatoire mais jamais vide de sens.
Rencontre avec un auteur qui rentre en résistance comme les conventions établies !!
1. David Abiker, vous venez de sortir, coup sur coup, deux romans "Le musée de l’Homme" et "Le Mur des lamentations" aux éditions Michalon qui connaissent un beau succès critique et public. A la fois autofictionnels, autocritiques, et délirants ces deux livres apparaissent outre leurs qualités parodiques, drolatiques et un peu provocatrices comme des outils d’une vraie sociologie de l’époque ?
Je ne suis pas sociologue et je ne suis pas romancier. J’ai donc inventé un genre bâtard. Mon narrateur pense tout haut et vit des aventures domestiques comiques. Le mélange des deux donne une réflexion sur l’époque vivante et imagée. Ce personnage de Maouh fait pendant ses récits un certain nombre d’observations qu’il analyse à sa façon, parfois de façon réactionnaire, d’autres fois avec tendresse. Parfois il se trompe et plus il se trompe, plus on rit (en principe).
Et, de temps en temps, dans sa façon d’être à contre-courant et de se tromper, il nous dit aussi à quel point l’époque est conventionnelle. S’agissant du climat français, je crois que les deux essais ont le mérite de dire à quel point nous vivons actuellement dans le « fémininement correct » et « le culte des victimes ».
Ces deux tendances animent d’ailleurs la pré-campagne électorale.
2. "Le musée de l’Homme" c’était l’histoire du déclin de l’empire masculin traité avec une verve, une faconde et un style inimitable. On est vraiment dans un travail littéraire avec un vrai parti pris d’auteur et une mise à nu du narrateur, mais on pourrait dire aussi que vous avez une écriture très journalistique ?
Je n’ai pas vocation à bouleverser la Littérature, je laisse ça à Christine Angot... Mon objectif est de faire rire et réfléchir et non pas de décrire le manche de ma brosse à dent. Trop d’auteurs français estiment qu’en parlant de leur vie, ils vont intéresser 2000 personnes.
Ils se trompent, parfois, ils n’intéressent même pas leur mère. Et puis je m’applique à sucrer dans mes textes tout ce qui ne participe pas à la réalisation du récit. On doit pouvoir lire mes livres en 3 heures, le temps d’un voyage en TGV. Au village littéraire, sans prétention, je préfère avoir mauvaise réputation...
3. "Le Mur des lamentations" est un livre encore plus personnel que le premier, c’est une vraie réflexion profonde sur un individu, pur produit de la société Judéo-chrétienne qui fait un grand bilan aux alentours de ses 40 ans et offre une mise à nu de l’intime quasi psychanalytique non ?
Il y a toujours un peu de folie dans un livre et on peut sans doute en faire une lecture psy. Maouh, mon héro évoque souvent le conseiller conjugal que sa femme va voir sans lui. Il se moque d’ailleurs des psys qui règnent de plus en plus en maître sur la société française qui est en train de devenir une société des victimes. Les psys sont devenus les nouveaux oracles, c’est pour cette raison que les médias leurs fond une part si belle. On demandera demain aux psys l’autorisation d’aller faire pipi.
Sur l’aspect judéo-chrétien, Maouh est dans la confession permanente. Il passe son temps à avouer des fautes tout en présentant ses excuses. Dans le même temps il utilise ses petits bobos pour se victimiser et attendrir son entourage et la société tout entière. C’est un faux-cul de première.
4. Mine de rien, avec votre humour tonitruant, vous êtes devenu à la fois un chroniqueur des vies ordinaires, un écrivain et analyste des dérives sociétales et un metteur en scène de la grande farce moderne ? Vous sentez-vous investi d’une mission ?
Non, plutôt d’une démission.
5. J’ai ouï que vous travailliez d’arrache-pied sur un troisième livre, sera-t-il dans la continuité des deux premiers, bouclez-vous une trilogie humaniste ?
Le troisième volet après "Le Musée de l’homme" et "Le Mur des lamentations" devrait évoquer les questions d’argent dans le couple, dans la famille et entre les couples. En toile de fond il y aura la bourgeoisie et la course à l’égalité. Je pense que je vais m’amuser en l’écrivant. Pour ce qui est de l’humanisme, on verra si j’ai le temps. Dans le Musée j’aurai parlé d’amour, dans le Mur de santé et dans le prochain d’argent, j’aurais abordé l’essentiel...
Photos : Frédéric Vignale

