New York. 23h59. Black out total. Une boule de feu déchire l’air, rase les fondations d’un building, de haut en bas. Une chute vertigineuse en partance du 29ème étage. C’est la vieille dame du 28ème qui le dit à l’inspecteur du NYPD. Oui mais voilà, plusieurs dizaines de mètres plus bas, rien. Pas de corps. Pas de sang maculant l’asphalte.
Tel est le point de départ de Polaroïde , ce livre « gratte-ciel », où l’on déambule de couloirs en escaliers, entre sommet et rez-de-chaussée.
Avec Polaroïde , James Douglas prête son œil ironique et drôle à cet inspecteur qui va autopsier l’immeuble, à la recherche d’indices ; à tous les étages, il frappe aux portes, cours et flâne au sein du microcosme qu’est ce monstre de l’architecture.
A chaque étage, une porte s’ouvre, un instantané est tiré, un cliché prend forme. Entre témoins cocasses, délires poétiques et réflexions doucement philosophiques, l’inspecteur va replonger dans ses souvenirs, trébucher sur quelques instants nostalgiques, et puis, tomber dans l’amour, fall in love comme disent les américains.
Ce roman à l’ironie cinglante, plein de fantaisie et d’autodérision, chapeauté par la menace terroriste, est une vraie bouffée d’oxygène. L’écriture est vive et insolente, le héros lui, est attachant. On rit, on grimace, mais on regrette surtout que Polaroïde soit le seul ouvrage de cet auteur, qui méritait vraiment d’être connu de son vivant.
Polaroïde , ça serait comme un envol, une étoile filante, une inspiration jamais arrêtée, un satellite en orbite, un caillou lancé d’en haut, qui jamais ne serait tombé. Espérons tout de même que s’il doive atterrir (ou juste rebondir on lui souhaite), il le fasse chez ses compatriotes, de l’autre côté de l’Atlantique, ça ne serait que justice rendue au talent et à l’impertinence de James Douglas, trop tôt disparu.
