La vieillesse, la séduction, les femmes, la mort, la mémoire, le souvenir,
l’amour, Monsieur Loup, le funambule, cabotine et surjoue avec légèreté pour
oublier l’extrême taux de gravité du monde.
Monsieur Loup remercie, en passant et en pensant, ses maîtres géniaux, les
Tardieu, Burroughs, Michaux, Baudelaire et autres dans une fable délirante
qui s’amuse à brouiller les pistes et à donner de la magie au microcosme
romanesque.
Nous sommes dans un terreau fertile à l’imagination totale où tout est
possible puisque les sentiments sont justes et qu’eux nous relient à la
réalité de nos vies. Caricature des conventions et des normes, Monsieur Loup
urine longuement, fait deux fois son âge et raconte l’universalité des
sentiments avec une focale troublante et cathartique.
On rit, on s’émeut, on s’énerve des joutes de ce dandy hors temps, on
jalouse son aisance et la folie de cet « anti-nomade », mais, voyageur
impénitent au coeur de notre nature humaine.
Il y a du Beau, du tendre de la préciosité et du raffinement dans ce langage
unique qui appelle l’image et la musique, la danse et le champ lexical des
caresses.
Mine de rien, à côté de la farce, des images, des métaphores et des jeux, un
précieux itinéraire d’artiste nous est conté dans sa nudité et sa force.
Dorian est le parrain de cette oeuvre qui dépasse de loin le champ d’une
simple variation sur l’ego ou le narcissisme.
Le jeu sur le miroir donne du sens, les voix se mélangent, ces personnages
qui nous ressemblent et qui sont si familiers nous montrent et nous
démontrent que cette histoire universelle est aussi la nôtre. Jean-Loup
Philippe sait simplement la ressentir et la dire mieux que nous ne pourrions
le faire nous. Un livre comme un rempart aux cauchemars du présent.
Palpitant et original, un collage textuel du meilleur effet. A lire.
