En quelques phrases, cette publication résume avec humour ce que beaucoup de personnes ayant un TDAH décrivent comme une vie faite de grands écarts. À première vue, cela ressemble à de l’inconstance. Pourtant, derrière certaines de ces contradictions peuvent se trouver des mécanismes bien connus du trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité.
Le TDAH n’est pas simplement une incapacité à se concentrer. Le problème concerne davantage la régulation de l’attention. Une personne peut éprouver d’énormes difficultés à commencer une tâche jugée répétitive, lointaine ou peu stimulante, puis rester absorbée pendant des heures lorsqu’un sujet la passionne ou lorsqu’une échéance crée suffisamment de pression.
C’est ce que l’on appelle couramment l’« hyperfocus ». Le terme est très utilisé pour décrire cette absorption intense, même s’il ne constitue pas en lui-même un critère diagnostique officiel du TDAH. Dans cet état, les heures peuvent passer sans que la personne s’en rende vraiment compte. Manger, dormir ou répondre au téléphone deviennent secondaires.
D’où cette impression déroutante : comment quelqu’un capable de travailler quinze heures presque sans interruption peut-il, le lendemain, avoir toutes les peines du monde à accomplir une tâche de vingt minutes ?
Parce que la capacité n’est pas forcément en cause. C’est sa mobilisation au bon moment qui peut poser problème.
On retrouve le même paradoxe dans les relations sociales. Un message arrive et la réponse part immédiatement. Un autre arrive au mauvais moment : « Je répondrai après. » Puis autre chose capte l’attention. Quelques heures deviennent deux jours. Plus le temps passe, plus répondre peut sembler compliqué.
Vu de l’extérieur, cela peut être interprété comme du désintérêt ou de la désinvolture. Pour certaines personnes avec un TDAH, il s’agit plutôt d’un mélange de distraction, de difficulté à revenir vers une tâche interrompue, de mauvaise perception du temps et parfois de surcharge.
La phrase « j’adore être seule mais je déteste me sentir seule » dépasse évidemment le TDAH. Beaucoup de gens pourraient la faire leur. Mais elle illustre bien une distinction essentielle : choisir la solitude et subir l’isolement sont deux expériences complètement différentes.
Quant au « je pense trop à tout mais en vrai j’en ai rien à foutre », il traduit avec beaucoup d’efficacité une autre sensation fréquemment racontée : un cerveau qui continue à produire des pensées, des scénarios et des associations alors même que son propriétaire aimerait simplement passer à autre chose.
Il faut toutefois se méfier d’un phénomène très contemporain : transformer chaque comportement humain en symptôme de TDAH. Procrastiner, oublier de répondre à un SMS, travailler toute une nuit sur quelque chose que l’on aime ou avoir besoin d’être seul ne suffisent absolument pas à établir un diagnostic.
Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental diagnostiqué à partir d’un ensemble durable de symptômes, présents depuis l’enfance, observables dans plusieurs contextes et entraînant un retentissement réel sur la vie quotidienne.
C’est précisément ce qui rend ce genre de publication intéressant : ce n’est pas un outil diagnostique, mais une manière extrêmement efficace de mettre des mots sur une expérience.
Et peut-être aussi d’expliquer pourquoi le TDAH est parfois si mal compris. De l’extérieur, on voit quelqu’un qui « peut quand il veut ». De l’intérieur, la question est justement de parvenir à vouloir, commencer, maintenir ou arrêter au moment où on l’a décidé.
Toute la différence est là.
