Adapté du livre de Roland Perez, avocat bien connu des plateaux de télévision, le film raconte une histoire assez incroyable, mais surtout profondément humaine. Il nous replonge dans une France désormais disparue, avec ses codes, ses vedettes, ses références populaires et cette relation à la mère si particulière dans certaines familles juives pieds-noirs. Tout cela est raconté sans pesanteur, avec beaucoup d’humour et une vraie tendresse.
L’adaptation est particulièrement réussie. L’écriture est solide, le rythme ne faiblit jamais et, chose assez rare, on ne s’ennuie pas une seconde. Le film avance constamment, passe du rire à l’émotion sans forcer et trouve un équilibre très juste entre comédie familiale et récit plus grave.
Leïla Bekhti crève littéralement l’écran. On la sent totalement investie dans ce rôle de mère excessive, dévorante, courageuse, parfois insupportable, mais entièrement portée par l’idée de sauver son fils. Elle donne au personnage une énergie folle et évite presque toujours la caricature malgré l’exubérance du rôle.
C’est d’ailleurs là que le film est le plus fort : dans cette histoire d’amour maternel total, à la fois magnifique, toxique, émouvant et parfois franchement effrayant. Une mère convaincue qu’elle peut arracher son fils à son handicap par la volonté, la foi, la médecine, l’acharnement, Sylvie Vartan ou tout ce qui pourra lui donner une chance. Cet amour-là est bouleversant précisément parce qu’il n’est pas raisonnable.
Le film fonctionne aussi très bien dans son registre tragi-comique. Il ne cherche jamais à transformer le handicap en sujet larmoyant. Il raconte surtout une famille, une époque, une obsession maternelle et un enfant qui doit aussi, à un moment, devenir lui-même.
Les décors sont excellents et la reconstitution fonctionne très bien. Mon seul véritable bémol concerne certaines coiffures et certains maquillages, parfois un peu trop appuyés, presque théâtraux. On sent parfois davantage la volonté de « faire époque » que l’époque elle-même.
Mais c’est un détail face au plaisir général.
"Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan" est un excellent film populaire, drôle, émouvant, généreux et très bien tenu. Un film qui raconte quelque chose de la France, de la famille, de la différence et surtout de cet amour maternel capable de tout sauver — ou presque tout dévorer.
À voir absolument.
Et son succès est largement mérité.
