Certaines formes reviennent dans
mes dessins.
Je ne cherche pas à les reproduire. Je
les reprends.
Le geste est connu. Ce qu’il produit ne l’est
jamais complètement.
Je trace des cercles roses.
Des cercles imparfaits, recommencés des
milliers de fois. La main retrouve le
mouvement, jamais exactement sa forme.
Un dessin est une répétition, mais aucune
répétition n’est identique.
Chaque cercle déplace légèrement
quelque chose.
La forme revient, le geste aussi. Un cercle
s’élargit, un autre se resserre. Une proximité
change. Un intervalle apparaît. À chaque
passage, le même mouvement produit un
autre espace.
Les cercles s’entrechoquent, puis laissent
entre eux et le monde des espaces vides.
J’aime ces espaces.
Ils ne sont pas des absences, ils respirent.
Ils participent eux aussi au langage.
À mesure que les cercles se multiplient, les
espaces entre eux se déplacent. Un cercle
supplémentaire modifie une distance, resserre
un vide, en ouvre un autre.
Ce que je trace transforme aussi ce que je
laisse libre.
Puis une autre intensité apparaît.
Alors un rose fluorescent apparaît.
Il vient rencontrer les premiers cercles.
La forme reste proche, la couleur appartient à la
même famille. Pourtant, leur présence change.
Deux roses différents, deux intensités
différentes, mais une même famille, une même
langue.
Le rose fluorescent agit sur les premiers cercles.
Les premiers cercles agissent sur lui.
Chaque teinte laisse place à l’autre, chacune
transforme discrètement la présence de l’autre.
Je reprends une forme connue sans jamais
retrouver exactement la précédente.
Le cercle n’est pas un modèle. Il est une
forme remise en jeu. La main introduit un
écart. L’espace redistribue les distances. La
couleur déplace les rapports.
Ce qui revient me permet de percevoir ce
qui change.
La répétition ne ramène pas au même. Elle rend
l’écart plus précis.
Plus le geste m‘est familier, plus ses variations
deviennent perceptibles.
Je répète pour découvrir ce qui ne se
répète pas.
