Société

Gilets jaunes V2 : une nouvelle révolte populaire se prépare-t-elle en France ?

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →
Gilets jaunes V2 : une nouvelle révolte populaire se prépare-t-elle en France ?

Quelque chose recommence à bouger en France. Ce n’est encore ni une insurrection, ni même un véritable mouvement national. Mais en cette rentrée 2026-2027, plusieurs ingrédients rappellent furieusement l’automne 2018 : carburants qui flambent, pouvoir d’achat qui se dégrade, sentiment de déclassement, défiance politique et appels à

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

reprendre les ronds-points.

Depuis quelques jours, des vidéos et des messages circulent sur Facebook, TikTok et Instagram pour appeler à ressortir les gilets jaunes. Une date revient particulièrement : le samedi 17 octobre 2026. Des rassemblements sont évoqués dans plusieurs villes et certains anciens Gilets jaunes commencent eux-mêmes à relayer l’appel. Pour l’instant, personne ne peut sérieusement prévoir l’ampleur de la mobilisation. RTL soulignait le 11 septembre qu’il n’existait encore aucune organisation nationale structurée et que l’écart entre les personnes intéressées sur les réseaux sociaux et celles annonçant réellement leur participation restait considérable.

Mais ce serait une erreur de balayer le phénomène d’un revers de main. Car derrière les hashtags et les vidéos, la colère repose sur des réalités économiques assez lourdes.

Selon l’Insee, la croissance française ne devrait atteindre que **0,4 % en 2026**, tandis que le pouvoir d’achat des ménages reculerait de 0,4 %. Le chômage pourrait atteindre 8,6 % à la fin de l’année et l’inflation remonter autour de 3,1 %. Dans le même temps, les ménages réduisent leurs dépenses et commencent à puiser dans leur épargne pour maintenir leur niveau de consommation.

Le baromètre Cofidis publié début septembre est tout aussi parlant : 42 % des Français placent désormais le pouvoir d’achat en tête de leurs préoccupations, 61 % estiment que l’inflation affecte fortement leurs finances et 54 % anticipent encore une baisse de leur pouvoir d’achat dans les douze prochains mois. Surtout, 84 % disent avoir constaté l’augmentation du prix des carburants.

Et c’est précisément là que le parallèle avec 2018 devient troublant.

On oublie parfois que les Gilets jaunes n’étaient pas nés d’un grand manifeste idéologique. Ils étaient partis d’une question terriblement quotidienne : combien coûte le plein ? Puis le carburant était devenu le symbole de quelque chose de beaucoup plus profond. Celui d’une France périphérique obligée de prendre sa voiture, d’une partie des classes moyennes et populaires convaincue de toujours payer davantage sans jamais vraiment bénéficier du système.

Huit ans plus tard, la mécanique pourrait théoriquement se reproduire.

La forte hausse des prix de l’énergie, liée notamment aux tensions internationales et au blocage du détroit d’Ormuz, a déjà obligé le gouvernement à prolonger des aides destinées aux secteurs les plus exposés et à mettre en place une indemnité pour certains travailleurs utilisant beaucoup leur voiture. Lorsqu’un gouvernement commence lui-même à multiplier les dispositifs d’urgence sur les carburants, c’est généralement qu’il sait que le sujet est politiquement inflammable.

Même le vocabulaire politique change. Le 11 septembre, Fabien Roussel a appelé les Français, en l’absence de mesures rapides sur les prix de l’énergie, à se mobiliser sur les ronds-points et devant les lieux de pouvoir « comme en 2018 ». De son côté, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, parle d’une « colère immense » et d’une « rentrée du déclassement », tandis qu’une journée de grèves et de manifestations est déjà annoncée pour le **29 septembre**.

Cependant, il existe une différence fondamentale avec 2018.

Un véritable mouvement populaire ne se décrète pas.

Des milliers de likes ne font pas nécessairement des milliers de personnes sur un rond-point. Les réseaux sociaux produisent aujourd’hui énormément de mobilisations virtuelles qui s’évaporent au moment de sortir de chez soi. Les appels au 17 octobre peuvent donc parfaitement faire beaucoup de bruit et très peu de monde.

Et surtout, les Gilets jaunes de 2018 avaient réussi quelque chose d’extrêmement rare : réunir momentanément des Français qui ne votaient pas pareil, ne venaient pas des mêmes familles politiques et n’appartenaient souvent à aucun syndicat. C’était précisément l’absence de chef, de parti et d’organisation traditionnelle qui faisait leur puissance — et leur imprévisibilité.

Un « Gilets jaunes V2 » récupéré immédiatement par les partis politiques ou enfermé dans une opposition classique droite-gauche risquerait de perdre cette singularité.

La vraie question n’est donc peut-être pas : « Les Gilets jaunes vont-ils revenir ? »

Elle est plutôt : **la France est-elle de nouveau arrivée à un niveau de frustration où un événement relativement banal peut provoquer une réaction totalement disproportionnée ?**

Et sur ce point, la réponse est beaucoup moins rassurante.

Une hausse supplémentaire du carburant. Une nouvelle taxe jugée absurde. Une mesure budgétaire touchant directement les classes moyennes. Une vidéo devenant virale. Une intervention policière mal gérée. Parfois, les grandes colères collectives commencent par presque rien parce que ce presque rien arrive au moment où tout le reste est déjà plein.

Le gouvernement ferait donc une grave erreur en regardant uniquement le nombre de manifestants du premier rassemblement. En novembre 2018 également, beaucoup avaient d’abord considéré les Gilets jaunes comme une agitation périphérique appelée à disparaître rapidement.

On connaît la suite.

À ce jour, **12 septembre 2026**, il serait excessif d’affirmer qu’une nouvelle révolte populaire est en marche. Il existe en revanche un terrain économique et social particulièrement favorable à son apparition : pouvoir d’achat sous pression, énergie chère, inquiétude sur l’emploi, exaspération fiscale et défiance envers les institutions.

Le 17 octobre ne sera peut-être rien.

Ou il pourrait être l’une de ces dates que l’on ne remarque vraiment qu’après.

Les révoltes populaires ont cette particularité : tout le monde les voit venir lorsqu’elles ont déjà commencé.

Vous réagissez à cet article

Votre réaction

« Gilets jaunes V2 : une nouvelle révolte populaire se prépare-t-elle en France ? »

Votre nom, votre e-mail et votre message concernent uniquement l’article affiché ci-dessus. L’e-mail n’est pas publié.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

Les plus lus en ce moment